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L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

4
Frustrant

Une femme disparaît. Son mari enquête sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté? Est-elle morte? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, son appartement devient un gouffre d’où toute sortie paraît exclue…

Le giallo, à corps et à cris

En 2010, Hélène Cattet et Bruno Forzani ont signé leur premier long, Amer, en puisant dans les codes et les motifs du giallo (sous-genre du film policier italien) matière à raconter trois moments clefs de la vie d’une femme (ses terreurs enfantines, ses premiers émois adolescents, son angoisse de l’âge adulte, pour schématiser). Le résultat confinait à l’abstraction, le duo de réalisateurs préférant en appeler aux sens du spectateur (crissements du cuir, bruits stridents, sueur perlant en gros plan sur la peau…) pour que sa compréhension du film soit davantage viscérale que rationnelle. Le même procédé a été repris quelques années plus tard pour le segment « O is for… » du film d’anthologie The ABCs of Death dans lequel mains gantées, bulles de savon et filtres colorés accompagnaient l’héroïne vers le point culminant de l’orgasme.

C’est le même trip conceptuel qui est à l’œuvre dans L’Etrange couleur des larmes de ton corps. L’enquête que mène un homme après la disparition de son épouse, sans quasiment jamais sortir de son immeuble bruxellois, se mue en investigation labyrinthique et cauchemardesque. Aux références « giallesques » (Bava, Argento, le thème de Toutes les couleurs du vice de Sergio Martino…) et aux clins d’œil hitchcockiens s’ajoute l’esthétique art nouveau – dont l’immeuble qui sert de décor est un joyau – pour une œuvre stylisée à l’extrême. Econome en dialogue, le film offre une bande son soigneusement travaillée, mêlant cris, halètements, murmures et grincements, quitte à rendre l’expérience particulièrement pénible (ou inconfortable, selon son degré de tolérance) pour le spectateur. L’Etrange couleur… finit par se perdre dans ses entrelacs fétichistes. On ne peut s’empêcher de chercher à donner un sens à ce puzzle mais, les clés permettant de résoudre l’énigme sont bien rares [SPOILER : la substitution quasi-subliminale du mot « couleur » par « douleur » dans le titre dans le carton final et l’évocation des menstruations dans le film prête à un décryptage relativement trivial. Et si le propos de ce long métrage tournait autour des règles – « L’étrange couleur/douleur des larmes de ton corps » – et de la fascination/répulsion qu’éprouve le héros (les hommes en général ?) face à ce phénomène physiologique (à la féminité en général ?), avec, en toile de fond, la peur de la castration ? C’est une tentative d’explication qui vaut ce qu’elle vaut…]. Il faut donc accepter de ressortir relativement frustré de la salle. Ou se contenter de ressentir.

La fiche
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L’ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS
Réalisé par Hélène Cattet, Bruno Forzani
Avec Klaus Tange, Jean-Michel Vovk, Sylvia Camarda…
France, Belgique – Thriller
12 mars 2014
Durée : 102 min




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ffred
Invité
Je me suis contenté de ressentir…
Thomas Périllon
Administrateur
Que faire si l’on ne ressent rien d’autre que de l’ennui ?