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FITZCARRALDO

8
Sublime persévérance

Brian Sweene Fitzgerald, plus connu sous le nom de Fitzcarraldo, rêve de construire le plus grand opéra du monde à Iquitos, au cœur de l’Amazonie. Pour gagner l’argent nécessaire à son projet, il achète une concession de caoutchouc le long du fleuve Uycali, réputé inaccessible à cause de violents rapides. Pour atteindre sa concession, Fitzcarraldo choisit de descendre le fleuve Pachitea, séparé de l’Uycali seulement par une montagne. Il devra hisser son bateau à vapeur en haut de la montagne pour basculer sur l’autre versant. Sa tentative finit par échouer et Fitzcarraldo transforme son navire en théâtre en accueillant chanteurs et musiciens pour un spectacle unique au cœur de la forêt amazonienne.

La folie des grandeurs.

Fitzcarraldo est un film étrange. Étrange comme le projet d’un homme qui projette de construire un opéra en plein milieu de la jungle amazonienne au début du 20e siècle. Tout le monde le prend pour un fou, et il faut avouer qu’il en a tout l’air avec ses cheveux blonds en pétard et son regard de braise. Pourtant, il va remuer ciel et terre pour y parvenir. Littéralement.

Il est impossible de dissocier l’odyssée de Brian Sweeney Fitzgerald, cet obstiné joué par Klaus Kinski, de Fitzcarraldo le film. Déjà avec Aguirre Werner Herzog avait essayé de s’approcher le plus près possible du quotidien de conquistadors en pleine forêt amazonienne, que ce soit via les conditions de tournage dangereuses ou encore les multiples disputes avec son acteur principal, Klaus Kinski. Aguirre était une réussite, mais il n’avait pas l’extravagance et la démesure de Fitzcarraldo. Car l’aventure de Fitzgerald, c’est aussi celle d’Herzog, qui se pose véritablement en réalisateur de l’extrême ici.

Werner Herzog s’appuie sur trois piliers pour bâtir son film : la nature, la musique classique et la démesure. La nature dans Fitzcarraldo est majestueuse, filmée en plans larges dans une photographie sublime. Surtout, elle sert à décrire les émotions des personnages, en étant tour à tour calme ou agitée. Déjà dans Aguirre, ce genre de plans existait, mais ils sont ici plus nombreux et plus longs, sans pour autant nuire au rythme du film. Au niveau de la musique, le phonographe de Fitzgerald – qui est bien abîmé d’ailleurs – lui sert à de nombreuses reprises lors du voyage sur l’Amazone à diffuser de la musique, que ce soit pour prévenir une attaque des Shuars (les Jivagos) ou pour faire suite à la désertion de l’équipage de son bateau ; elle a ici la même fonction que la nature, tout en servant d’OST (forcément) sublime. Enfin, la démesure. Herzog colle au plus près à la psyché de son personnage principal, dans le style documentaire qui lui est propre : Fitzgerald doit faire franchir à son bateau une colline et une forêt ? Et bien il le fera vraiment. Ainsi, on assiste à un chantier complètement dingue, avec des conditions de travail plus que limites, dans la boue et le mauvais temps, pour faire monter ce bateau tout en haut. Il faut le voir pour le croire, et même ainsi, il est difficile de ne pas se dire que tout ceci parait fou.

Fou, Klaus Kinski devait sûrement l’être. Talentueux, il l’était en tout cas. Dans Aguirre, ses longs discours philosophiques face caméra étaient déjà fascinants ; ici, il irradie la pellicule de son charisme et de son regard. Il est Fitzgerald, et on le sent au bord de la rupture à chaque scène. Mais le vrai plus du film est le personnage de Claudia Cardinale, qui joue la femme de Fitzgerald : une femme forte, qui soutient son mari coûte que coûte, sans pour autant s’écraser face à lui. À eux deux, ils forment un très beau duo harmonieux.

Si l’on devait trouver des défauts à Fitzcarraldo, ce serait justement dans toute cette démesure. Le film est long, un poil trop (2h40), et le rythme s’affaisse parfois ; là où Aguirre était sec et tendu durant 1h35, Fitzcarraldo est parfois trop démonstratif, trop fou. Et puis, même si cela n’enlève rien à la qualité du film, il ne faut pas oublier que l’on assiste véritablement à une déforestation, et donc à un petit désastre écologique, en plus d’avoir été un tournage à risques pour les figurants. Et d’un sens, heureusement que de tels projets ne se déroulent plus de cette manière de nos jours ; non pas que Fitzcarraldo soit mauvais, loin de là, mais est-ce nécessaire de sacrifier autant de choses pour un film ? À chacun sa réponse.

Sublime et magnifiquement interprété par Kinski et Cardinale, Fitzcarraldo un OVNI dans le cinéma contemporain. Et sans doute un des meilleurs films sur la persévérance jamais conçu.

La fiche

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FITZCARRALDO
Réalisé par Werner Herzog
Avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui…
Allemagne, Pérou – Aventure, Drame
Sortie : 16 Juin 1982
Durée : 155 min




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