The cursed

THE CURSED

XIXe siècle, dans la campagne française. John McBride doit déterminer si le cadavre d’un adolescent de quatorze ans, retrouvé dans les bois, est l’oeuvre d’un homme ou d’une bête. Il est hebergé par un riche propriétaire terrien, Seamus Laurent et sa femme, Isabelle. Eux-mêmes sont désemparés car leur fils, un ami de la victime, a disparu depuis deux semaines. Isabelle va trouver du réconfort dans les bras de John tandis que ce dernier va devoir affronter les horreurs de son passé.

Critique du film

Il y a une vraie curiosité à découvrir le nouveau long métrage de Sean Ellis. Remarqué en 2004 pour son court-métrage Cashback, transformé en long deux ans plus tard, l’ancien photographe a très tôt démontré un talent certain pour créer des images fortes en allant puiser du côté du cinéma fantastique. À l’époque, c’est pour raconter les rêveries d’un jeune insomniaque, capable de suspendre le temps pour aller contempler et dessiner la beauté du corps féminin. En 2008, il passe de l’onirisme au cauchemar avec le déstabilisant The Broken, film d’horreur froid et contemplatif, difficile d’accès mais pas dénué d’intérêt, avec un sens visuel toujours aussi aiguisé. Le voir revenir au genre une quinzaine d’année plus tard a donc tout pour intriguer, d’autant que l’Anglais s’attaque à un projet plutôt ambitieux sur le papier : un film d’épouvante en costumes, situé dans la France du XIXème siècle.

Le pacte des loups (garous)

Le premier quart d’heure de The Cursed est rempli de promesses. Un mystérieux prologue plonge le spectateur dans l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale, sur le front de la Somme. Prêts à se ruer sur l’ennemi, les soldats français enfilent un masque à gaz rudimentaire pour se protéger tant bien que mal. Le traveling opéré sur les dizaines de visages cachés par leurs masques et fixant tous la caméra, génère instantanément le malaise. La courte séquence sur le champ de bataille laisse très vite place à un retour 35 ans en arrière de pour s’intéresser à une famille de notables dans la campagne française du XIXème siècle. Là encore le réalisateur sait tirer profit de son décor rural pour poser une atmosphère grise et brumeuse éminemment inquiétante, et ce grâce à des cadres joliment composés et une photographie soignée (Ellis est son propre chef opérateur).

The Cursed
Cerise sur le gâteau, le film commence à esquisser un sous-texte historique passionnant, à l’origine de la malédiction du titre : le massacre de gitans par de riches propriétaires, soucieux de voir disparaitre ceux dont ils se sont accaparés autrefois les terres. Point de bascule de l’intrigue, le meurtre est filmé en plan fixe à l’iconographie puissante, dans une scène particulièrement brutale et qui joue à merveille des perspectives. Ellis semble alors en pleine possession de ses moyens pour livrer une œuvre aussi maitrisée sur le fond que sur la forme. Rien ne prépare donc le spectateur à la débâcle qui va suivre.

Jumpscares putassiers, jeu approximatif des comédiens, dialogues ineptes et personnages creux aux enjeux vus et revus… C’est un véritable festival de clichés auquel nous invite le film pendant près de deux heures. Lorsque la caméra n’expose pas des scènes ultra bavardes dans des champs/contre-champs d’une banalité affligeante, elle se lance dans un montage épileptique pour illustrer des meurtres au découpage illisible, rendant souvent l’action incompréhensible. Les effets gores n’apportent rien, si ce n’est une impression de gratuité franchement pénible. Même constat pour la gestion du rythme et de la montée en tension qui reprend tous les tropes possibles et imaginables vus dans le cinéma horrifique des 50 dernières années (dévoilement progressif de la créature, répétition ad nauseam de cauchemars vécus par plusieurs personnages, etc.).

The Cursed
Paroxysme du mauvais goût, la réalisation se vautre dans une avalanche d’effets numériques d’une rare laideur qui tranche radicalement avec l’approche réaliste initiale et le réel soin apporté à la direction artistique globale. Le gâchis est d’autant plus dur à avaler qu’à de rares moments, Sean Ellis retrouve une économie de moyens salvatrice et des effets pratiques d’une efficacité redoutable qui laissent entrevoir ce que le film aurait pu être s’il avait opté pour une démarche plus old-school. À ce titre, une scène d’autopsie se révèle délicieusement répugnante et rappelle les grandes heures du cinéma d’horreur organique des années 70/80.

À l’image de son titre originel (Eight for Silver), The Cursed troque donc rapidement la subtilité de l’étrange pour un slasher générique, invraisemblable et sans saveur, beaucoup trop sérieux pour son propre bien. La beauté de certains plans ne parvient pas à masquer une écriture digne des plus grands Z et une utilisation du numérique complètement à côté de la plaque. Un ratage en bonnes et dues formes dont on espère voir le réalisateur de Metro Manila se remettre rapidement. Parce qu’il subsiste malgré tout au sein de The Cursed des idées et une envie de cinéma sincère qu’on aurait aimé voir au service d’un script digne de ce nom. La preuve qu’en officiant à la fois en tant que réalisateur, producteur, scénariste et directeur photo, Sean Ellis aurait sans doute gagner à déléguer l’une de ces casquettes au profit d’un autre artiste. On vous laisse deviner laquelle.

Bande-annonce

2022 – De Sean Ellis, avec Boyd Holbrook, Kelly Reilly et Alistair Petrie.


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