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LA PLANÈTE DES SINGES – SUPRÉMATIE

Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

Le meilleur blockbuster de 2017 ?

Qu’est-ce qui fait qu’un blockbuster est bon ? Quelle recette doit-on appliquer pour que ces gros films, le plus souvent estivaux, s’élèvent au-dessus de la masse et proposent autre chose qu’un produit de masse oublié aussi vite qu’il n’a été consommé ? Autant de questions visiblement sans réponse lorsque l’on constate le niveau général des blockbusters sortis depuis quelques années qui, de super-héros en super-héros, ne font qu’appliquer des formules dénuées de la moindre prise de risque afin de mieux brosser dans le sens du poil un grand public prêt à gober n’importe quoi.

Pourtant, la Fox semble se placer à l’encontre de cette tendance, avec son reboot de la saga initiée en 1968 par le film culte de Franklin J. Schaffner. Le premier opus, La Planète des Singes – les Origines, proposait déjà quelque chose de différent dès 2011, mais c’est véritablement depuis que Matt Reeves a repris les rênes de cette nouvelle saga que celle-ci a décollé dans des sphères jusqu’ici insoupçonnées dans le domaine du blockbuster. La Planète des Singes – l’Affrontement était donc à la fois un film d’action, un film politique et un film psychologique faisant la part belle aux personnages ; et voilà désormais La Planète des Singes – Suprématie, qui creuse le même sillon tout en approfondissant encore davantage les enjeux et les partis-pris mis en place dans le second épisode. L’Affrontement s’était révélé comme étant le meilleur blockbuster de 2014 ; Suprématie est bien parti pour être le meilleur blockbuster de 2017. Et tout simplement l’un des meilleurs films de l’année.

Ape-pocalypse now

Car ce troisième et (supposé) dernier épisode de la trilogie est avant tout la confirmation de l’immense intelligence du réalisateur à la barre : ce qui intéresse Matt Reeves, ce n’est pas l’action, ce ne sont pas les bastons en CGI, ni les effusions pyrotechniques qui masquent le plus souvent l’absence totale de scénario dans n’importe quel blockbuster lambda. Mais c’est bien l’humain, ou en l’occurrence ici l’animal dans tout ce qu’il a d’humain. Et vice versa.

Qu’on se rassure, il y a bel et bien des scènes d’action – la séquence d’ouverture est à ce titre absolument terrassante, une scène de bataille à couper le souffle entre singes et militaires – mais le film de Reeves se révèle finalement assez avare en séquences mouvementées. Et pourtant il y a une gestion du rythme et des enjeux telles que l’on ne s’y ennuie pas une seule minute. Et pour les deux du fond qui trouveraient malgré tout le moyen de s’ennuyer, il y a toujours de quoi se rincer l’œil sur l’excellence des effets spéciaux, la motion-capture atteignant ici des sommets en terme de photo-réalisme. D’autant plus que Reeves prend le risque de filmer la majorité de ces séquences en milieu naturel, ce qui accentue d’autant plus l’aspect réaliste des créatures. C’est bien simple : il suffit de quelques minutes et quelques plans pour être persuadé de voir évoluer de véritables primates qui sauraient monter à cheval ou tirer à l’arbalète.

Pas de gentil, pas de méchant

Outre son aspect purement technologique, la grande force du film réside dans son traitement des personnages, leurs conflits internes et leurs relations à autrui. Ici pas de gentil, pas de méchant. Exit le manichéisme des productions Marvel. Chacun a de bonnes raisons d’agir comme il le fait, y compris celui que l’on pouvait prendre pour le gros bad-guy du film, sorte de Colonel Kurtz ultra iconisé interprété par un Woody Harrelson bien loin des rôles caricaturaux dans lesquels il peut avoir tendance à tomber. Son opposition à César, le leader des singes (toujours interprété par Andy Serkis, dans une prestation encore plus physique et magnétique que dans les opus précédents) et devenu un véritable chef révolutionnaire à la Spartacus, offre au film certaines de ses plus belles scènes. Des confrontations aux allures de joutes verbales, bien plus passionnantes que n’importe quelle bataille entre 200 singes armés et 50 tanks humains qui, dans d’autres mains ou sous d’autres plumes, auraient immanquablement inondé nos écrans jusqu’à l’épuisement.

Et alors que le film pourrait facilement tomber dans le bête récit de vengeance qui lui tendait pourtant les bras, Matt Reeves préfère là aussi emprunter des chemins différents. Le film prend soudainement des airs de films d’évasion, proche dans son esprit ludique à La Grande Evasion de John Sturges (l’une des références avouées de Reeves). Suprématie contient d’ailleurs un peu plus de moments légers que le très sombre L’Affrontement, sans pour autant tomber dans la gaudriole facile (mais il suffit d’une paire de vannes d’un chimpanzé en bonnet et anorak pour détendre un peu l’atmosphère) car, globalement, on n’est pas à pour rigoler : la domination de notre planète est en jeu.  Reeves ne le perd jamais de vue et donne à son climax final une aura et un poids quasi existentiels qui ira en crescendo jusqu’à sa conclusion.

Vive les auteurs ! 

Alors que certaines majors de l’industrie n’en finissent plus d’écarter les auteurs avec une véritable vision ou de leur refuser le « final cut », La planète des singes – Suprématie est le plus bel étendard possible. Voilà ce que l’on obtient lorsque l’on donne les clés du camion à un cinéaste en pleine possession de ses moyens : un divertissement ambitieux et non formaté, passionnant et mature, fondamentalement captivant et techniquement parfait, qui confirme que Matt Reeves est ce qui pouvait arriver de mieux au blockbuster américain. Un cinéaste qui, à travers son divertissement de façade, peut évoquer des problèmes géopolitiques de notre temps (la crise des réfugiés, les génocides) de la même manière que le faisait le film original de 1968. On appelle ça tout simplement la marque des grands films. 

> > > Lire aussi : la bande-annonce officielle du film 



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