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BANDE DE FILLES

4
Superficiel

Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

Rendez-vous en terre méconnue…

Après le troublant et polémique (pour de bien stupides raisons) Tomboy, Céline Sciamma a posé sa caméra sur les parvis de la Défense et dans les quartiers populaires de la région parisienne. Son souhait : suivre un de ces groupes de filles que la cinéaste pouvait croiser aux Halles, à Gare du Nord ou dans le RER. Ces bandes de nanas « bruyantes, vivantes, dansantes » qui intriguaient la réalisatrice. 

Si l’on ressent (et salue) l’envie manifeste de creuser des thèmes qui lui sont chers, tels que l’émancipation féminine, l’affirmation des désirs ou la recherche d’identité – spécifiquement dans un univers où l’homme règne en maître quasi-tyrannique – on a davantage de mal avec cette peinture bien trop policée de la banlieue. Bien sûr, cette cohésion de groupe est attendrissante et quelque chose d’intéressant se dégage de ce quatuor, offrant même une scène majestueuse de danse sur Diamonds de Rihanna.

Malheureusement, tout reste trop en surface. C’est poseur, creux et esthétisant. La mise en scène reste stérile, filmant ses protagonistes sans leur donner une chair véritable. Le récit, lui, est bien trop systématique. On suit la jeune femme du kebab à la piste de skate, du collège aux rames du RER, de l’esplanade de la Défense aux couloirs du Forum des Halles… Mais rien ne se passe à l’écran. Sciamma joue l’anthropologue en herbe mais n’offre que quelques pastilles de la vie des filles de cité, accumulant clichés et facilités. On ne peut s’empêcher d’avoir l’embarrassante impression que celle-ci est en train de s’offrir son propre Rendez-vous en terre inconnue. Pire, elle excuse d’une certaine façon son personnage de souhaiter échapper au déterminisme social en empruntant des voies contestables, accusant presque l’institution scolaire d’être l’unique responsable de ses choix douteux. Quel raccourci simpliste dès les premières minutes. Pour ne rien arranger, la majorité des comédiens joue péniblement faux et récite au lieu d’interpréter. 

Heureusement, tout n’est pas à jeter. On appréciera au moins la nouvelle partition réussie de Para One et l’envoûtante présence de Kardija Touré, dissimulant sa rage derrière la douceur de ses traits. Vraie révélation du film, elle permet à celui-ci d’obtenir un semblant l’âme, d’un regard, d’un sourire. Il serait judicieux de la surveiller dans les mois prochains…

Bande de filles a le goût de la déception parce qu’il peine à convaincre du fait de son artificialité. L’intention était là, les moyens aussi, mais le résultat n’y est définitivement pas. Mal à l’aise, Sciamma n’a pas réussi à s’emparer de son sujet, trop occupée à soigner la forme plutôt que le fond, dans un univers qui lui semble encore trop étranger. 

La fiche

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BANDE DE FILLES
Réalisé par Céline Sciamma
Avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh
France – Comédie dramatique
Sortie en salles : 22 Octobre 2014
Durée : 112 min




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[…] se porte sur Joséphine Japy ou Lou de Laâge, voire Karidja Touré (figure de proue de Bande de filles), mais les votants ont fait leur choix : celui du […]