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SWAGGER

6
Inspiré

Swagger nous transporte dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au coeur des cités les plus défavorisées de France. Le film nous montre le monde à travers leurs regards singuliers et inattendus, leurs réflexions drôles et percutantes. En déployant une mosaïque de rencontres et en mélangeant les genres, jusqu’à la comédie musicale et la science-fiction, Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d’Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l’ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera.

T’as le swag ?

Le réalisateur Olivier Babinet a travaillé pendant deux ans avec des élèves d’Aulnay sous Bois et de Sevran au collège Claude Debbussy où il leur proposait, entre autres, des ateliers de réalisations de court-métrages. Swagger se présente comme un documentaire bâti sur une dizaine d’entretiens avec ses élèves qui évoquent leur quotidien, l’amour, la politique, la famille, l’intégration sous toutes ses formes, leurs centres d’intérêts, le style ou plutôt le swag comme il conviendrait ici de l’appeler. Un carton vient nous rappeler que son origine vient du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare. Si certains semblent habitués à la caméra, d’autres se font plus timides. On remarque des différences de caractères. Au fil des minutes, des identités se dessinent chez ces jeunes aux têtes pleines et aux caractères bien trempés. Le réalisateur ne cherche pas à épurer le film autour de ses questions et laisse libre cours à la parole des enfants. Chose rare, c’est bien toute la parole qui leur est donnée, et jamais on entendra d’autres voix que les leurs, pas même celle du réalisateur. Il en va de même des autres adultes qui apparaissent uniquement en arrière plan lors des séquences de récréation et d’observation ornithologique.

Raconté comme ça, le film peut sembler déjà vu. Mais c’est sans compter sur l’approche inspirée de son réalisateur. Car ce qui frappe dès les premières minutes, c’est bien la construction stylisée d’une mise en scène singulière qui vient tailler la parole brute et sans artifice des enfants afin de la sublimer. Petit à petit, la fiction s’installe autour du documentaire avec l’accord complice des élèves malicieux. Isabelle Devinck, habituée des films de Pierre Salvadori, apporte avec son montage un rythme de comédie. Sa technique connecte entre eux les enfants isolés dans leur témoignage et donne la sensation qu’ils se coupent la parole, interagissent, alors qu’ils n’oseraient probablement pas discuter ensemble de certains des sujets évoqués. Si l’on ressent un amour certain du réalisateur pour le format clip, son film arbore une esthétique loin de l’imagerie télévisuelle. La lumière du finlandais Timo Salminen, qui officiait déjà sur son précédent long-métrage Robert Mitchum est mort, mais également Jauja de Lisandro Alonso et Le Havre d’Aki Kaurismäki, capture avec poésie les témoignages et la dignité des enfants en teintant la grisaille de couleurs plus vives. L’équilibre entre le naturalisme du procédé documentaire et la construction fictionnelle est tenu. Cette dernière mêle comédie musicale et science-fiction. Mais ce qui émeut le plus c’est sa dimension teenage movie véhiculée en partie grâce à la bande-son de Jean-Benoît Dunckel, moitié du groupe Air qui nous évoque forcément l’onirisme d’un Virgin Suicides.

À l’aide de ses drones, Olivier Babinet prend de la hauteur et nous évite les questions éculées du « vivre-ensemble » et d’une certaine banlieue laissée à l’abandon pour nous offrir une vue loin des images anxiogènes habituelles. Dans la bouche des enfants, leur cité est partout au quotidien. Grâce à la sensibilité de son réalisateur, le cinéma leur offre un espace à la hauteur de leurs rêves et aspirations, lucides ou fantasmés, en évitant toute condescendance. Au moment où certains peuvent penser que tout a déjà été entendu ou vu sur la banlieue et ses jeunes habitants, Olivier Babinet offre sa vision, fragile et intelligente, loin du sensationnalisme habituel, en réalisant un film avec eux et pour eux. Rien que pour ça, ils ont de quoi tous ensemble swagger du résultat de Swagger

La fiche

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SWAGGER
Réalisé par Olivier Babinet
Avec Aïssatou Dia, Mariyama Diallo, Abou Fofana… 
France – Docu-fiction

Sortie en salle : 16 Novembre 2016
Durée : 84 min




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