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PRAIA DO FUTURO

7
Prometteur

Donaldo, maître-nageur sur la plage de Praia Do Futuro au Brésil, sauve de la noyade un touriste allemand, Konrad. De ce rapprochement naît une histoire d’amour qui va amener le brésilien à tout quitter pour le suivre en Allemagne. 10 ans plus tard, Ayrton, son frère devenu adulte part à sa recherche à Berlin. Ensemble ils vont tenter de renouer le lien perdu.

We could be heroes.

Ce mélodrame germano-brésilien est avant tout une grande histoire d’amour. Un amour fraternel, tout d’abord, qui se traduit par une relation fusionnelle entre Donaldo et son petit-frère, puis une histoire d’amour entre deux hommes, qui se rencontrent dans des circonstances tragiques. De cette relation va découler l’exil du brésilien à Berlin où il va réapprendre à vivre loin des siens.

Le réalisateur Karim Aïnouz fait le choix de raconter son film comme pourrait le faire un livre, en 3 chapitres : « La complainte du noyé », « Un héros coupé en deux » et « Un fantôme parlant l’allemand ». Tout est dit. 

On découvre dés le départ la lumineuse plage de Fortaleza, au nord du Brésil, loin des clichés de la surmédiatisée plage de Copacabana de Rio de Janeiro. Ici, ni muscles, ni silicone mais un lieu sauvage, où l’océan déchaîné côtoie la géométrie d’un port industriel. La deuxième partie provoque un vrai choc climatique en plaçant les personnages dans l’urbanisme froid de Berlin. C’est cette Europe terne qui va émanciper le couple formé par Konrad et Donaldo, loin de la famille de ce dernier.

Il y a un rapport très organique aux paysages où l’on ressent presque une odeur, une température, une sensation. L’eau tient un place essentielle : la scène d’ouverture est un ballet aquatique morbide qui asphyxie une situation parfaitement chorégraphiée tandis que la scène finale s’enfonce dans le brouillard épais de la Mer du Nord.

Une ellipse temporelle de quelques années, devinée par des changements physiques et un enfant devenu adolescent, permet de redécouvrir le jeune Ayrton, à la recherche d’un grand frère disparu. La figure héroïque de Donaldo s’effrite pour laisser place à un homme lâche et vulnérable qui a tout abandonné. Les retrouvailles entre les deux frères sont d’une puissance remarquable et les jours qui suivent vont leur permettre de se redécouvrir, sous l’impulsion bienveillante de Konrad.

La mise en scène explore un rapport au corps essentiel où les gestes prennent le pas sur la parole. Les scènes d’amour ne versent jamais dans le cru et le voyeurisme, en privilégiant les regards et les attentions qui en disent bien plus. Ces rapports virils presque mutiques sont d’ailleurs partagés par les deux frères, dans cette économie de mots, où tout est suggéré et rien n’est expliqué, excusé ; évitant un point de vue moralisateur.

L’absence de rôles secondaires nous plonge littéralement dans les émotions des personnages, rien ne vient parasiter notre rapport à l’histoire. Il y a définitivement des inspirations très européennes dans le cinéma du réalisateur Karim Aïnouz, où l’on se plait à retrouver du Jacques Audiard et du Kechiche. Mais c’est surtout Oslo, 31 Août qui vient à l’esprit, dans la mise en scène et le traitement de la fuite et des actes manqués.

La musique tient une place de choix, entre la surprenante Aline de Christophe et surtout We Could Be Heroes de David Bowie, qui offre au générique de fin une ouverture optimiste. Après Les Bruits de Recife, Praia Do Futuro est une nouvelle réalisation ambitieuse venue du Brésil, qui met en lumière un cinéma d’auteur sud-américain prometteur, après la vague mexicaine de cette dernière décennie (Inarritu, Escalante, Reygadas).

La fiche

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PRAIA DO FUTURO
Réalisé par Karim Aïnouz
Avec Wagner Moura, Clemens Schick, Jesuíta Barbosa
Brésil, Allemagne – Drame
Sortie en salle : 3 Décembre 2014
Durée : 106 min 




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