« L’Hermine » de Christian Vincent

L’HERMINE

6
Charmant

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Le regard des autres.

Sous L’Hermine – le film ou la fourrure -, les retrouvailles. Professionnelles (en coulisses) et amoureuses (à l’écran), elles rassemblent, d’une réalité à la fiction, des êtres séparés par les aléas de la vie mais finalement ramenés l’un vers l’autre. Vingt-cinq ans après La Discrète, Christian Vincent renoue ainsi avec Fabrice Luchini tandis que, devant sa caméra, Michel Racine, acariâtre président de la cour d’assises, voit resurgir un inoubliable coup de cœur d’antan.

Tout portait à craindre que Fabrice Luchini, grand habitué des prestations survoltées et excentriques, ressortirait cette carte routinière pour incarner ce protagoniste régnant en maître sur le petit théâtre de la justice. Volontiers bougon, vaguement misanthrope, il l’ajoute, au contraire, dans la longue liste de ces personnages de cinéma mal-aimables (ou mal-aimés), résolus à nous émouvoir lorsqu’éclate leur humanité. Étonnant de sobriété, l’acteur, justement récompensé d’un prix d’interprétation à la Mostra de Venise, réussit à concilier rudesse, retenue et sensibilité dans une saisissante composition. A ses côtés, Sidse Babett Knudsen s’illustre en parfait contre-point, apportant avec elle l’élégance et le rayonnement nécessaires à l’équilibre délicat de leur duo.

Après un détour apprécié par les cuisines de l’Élysée (Les Saveurs du palais), le réalisateur parvient, sans quête effrénée du sensationnalisme, à dépeindre, par petites touches, la mécanique implacable de ces éprouvants procès où le tribunal devient une scène aux représentations journalières. Visiblement peu intéressé par la conclusion de l’affaire, il privilégie, dès lors, une réflexion sur l’insondable justice, celle que l’on rend parfois sans certitude, sans vérité absolue à la clé.

En filigrane, Christian Vincent finit toutefois par trouver cette évidence dans plusieurs instants de flottements, filmés à la dérobée ou volontairement mis en scène, alors que les échanges de regards remplacent avec force les moindres discours. Vecteur essentiel, le regard de l’autre/des autres assure la connivence, la reconnaissance ou la trahison, donnant au spectateur la charge de reconstituer les pièces manquantes du puzzle. Dans le cas de Michel Racine, cet ultime regard lancé symbolise le bouleversement d’un ordre bien établi : celui d’un être existant désormais aux yeux de quelqu’un, d’un homme enfin prêt à laisser entrer la lumière dans les ténèbres.

La fiche

thb_LHermine

L’HERMINE
Réalisé par Christian Vincent
Avec Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Eva Lallier…
France – Comédie dramatique
Sortie en salle : 18 novembre 2015
Durée : 98 min

 




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dasola
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Bonjour, film avec un Luchini impérial qui n’écrase pas ses partenaires. J’aurais aimé que des personnages soient plus étoffés: le couple de la petite victime ou les jurés: Corine Masiero est impayable comme d’habitude mais on la voit trop peu. Bon samedi.