featured_incassable-shyamalan-willis-jackson

INCASSABLE

Elijah Price souffre depuis sa naissance d’une forme d’ostéogénèse. S’il reçoit le moindre choc, ses os cassent comme des brindilles. Depuis son enfance, il n’a de cesse d’admirer les superhéros, des personnages qui sont tout l’opposé de lui-même. Propriétaire d’un magasin spécialisé dans les bandes-dessinées, il épluche pendant son temps libre les vieux articles de journaux à la recherche des plus grands désastres qui ont frappé les Etats-Unis. Il se met alors en quête d’éventuels survivants, mais y parvient rarement. Au même moment, un terrible accident ferroviaire fait 131 morts. Un seul des passagers en sort indemne…

Inclassable.

Alors que Shyamalan vient d’annoncer une suite dispensable à Split et Incassable à travers un cross-over intitulé Glass (sortie déjà annoncée au 18 janvier 2019), retour sur l’inclassable Incassable. Rares sont les réalisateurs qui peuvent se targuer de sortir deux grands films la même année, tout en réunissant succès public et critique. Cet état de grâce s’est produit en 2000 pour M. Night Shyamalan avec Sixième Sens et Incassable. Si le premier a mis sur orbite un réalisateur audacieux tout en relançant la carrière de Bruce Willis (jusque-là abonné aux blockbusters d’action plus ou moins aboutis) Incassable a confirmé la signature Shyamalan, du haut de ses trente ans à l’époque. Après les Batman nanardesques des années 90 et avant l’hégémonie des Marvel décérébrés, Shyamalan propose bien avant Nolan une lecture différente de la mythologie des comics. Et si Incassable était tout simplement le meilleur film de super-héros contemporain ?

Toute la prouesse de la mise en scène de Shyamalan est convoquée dès l’ouverture du film. La première scène présente la naissance d’Elijah (Samuel L. Jackson) sous le regard d’une caméra statique qui joue avec les effets de miroir de la pièce. Le héros campé par Bruce Willis, David, est d’emblée montré sous un jour discutable, par le biais du regard subjectif d’une enfant qui observe sa discussion dans un train avec une passagère à travers l’espace séparant les sièges. Le reste ne sera qu’une succession de cadres destinés à créer une ambiance captivante, presque malaisante, où le réalisateur excelle dans la distillation de l’étrange dans cet environnement réaliste.

Shyamalan place une nouvelle fois la thématique de la croyance dans son film. Incassable l’aborde au sens strict du terme en questionnant notre place dans le monde et l’acceptation de ce que nous sommes, ce que nous pouvons être. Un triptyque que Shyamalan achèvera avec Signes sondant la vie d’un homme de foi (Mel Gibson en ancien pasteur) et convoquant cette fois-ci la religion dans son récit.

Incassable prend son temps en présentant de manière lancinante deux êtres seuls que tout oppose. Elijah, grand passionné de comics souffrant d’une maladie rare fragilisant ses os, et David, solide gardien de sécurité étant passé à côté de son rêve de jeunesse. Elijah peut compter sur la présence d’une forte figure maternelle et David sur celle d’une famille, mais chacun d’eux subit des dysfonctionnements majeurs dans sa vie (une quasi inaptitude à sociabiliser pour l’un, une difficulté à définir son rôle de mari et de père pour l’autre). Faisant l’économie de personnages secondaires, on assiste au pouvoir d’attraction de ce duo qui prend rapidement la forme d’une lutte entre le bien et le mal.

Sixième Sens étant passé par là en redéfinissant le twist comme facteur clé de succès, Incassable ne peut que rougir de cette comparaison avec son dénouement qui apparaît à première vue anti-spectaculaire. L’esprit ludique du spectateur y perd dans sa recherche d’indices lui permettant d’analyser une fin plus classique, mais le film y gagne au contraire en densité grâce à ses différents niveaux de lecture. L’un des plus évidents réside dans ses motifs liés aux comics, présents dans tout le film : le héros, le vilain, les vêtements, la « cryptonite » (ici l’eau), les éléments surnaturels (force, vision…). Malgré une construction narrative qui rapproche les deux thrillers fantastiques, renforcé par la présence de Bruce Willis, il est nécessaire de se détacher de son prédécesseur pour apprécier toute la complexité et la subtilité d’Incassable.

Comme tout bon metteur en scène, Shyamalan sait s’entourer de techniciens hors pair. Il doit ainsi les tons gris bleutés, très cliniques, qui renforcent l’aspect anxiogène du film au chef opérateur Eduardo Serra (style qu’il convoquera à nouveau dans les 2 derniers films de la saga Harry Potter). La partition de James Newton Howard, compositeur fétiche du réalisateur, fige littéralement chaque scène entre partition mélancolique et plus épique dans une scène d’affrontement final.

Incassable apparaît comme un film marqueur du style de Shyamalan dans sa maîtrise du mélange des genres (thriller, fantastique, drame…), au milieu d’une filmographie qui s’est étoffée de manière plus ou moins brouillonne ces dernières années.

La fiche

INCASSABLE
Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright…
Etats-Unis – Fantastique, thriller
Sortie : 27 décembre 2000
Durée : 106 min




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre