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GUCCI | Wong-Kar Wai prend les commandes

C’est une nouvelle primordiale pour les cinéphiles : le journal américain The Hollywood Reporter a annoncé le 20 novembre 2016 que le cinéaste hongkongais Wong-Kar Wai se penche sur un nouveau projet alléchant : Gucci. L’œuvre majeure du réalisateur chinois In the Mood for Love figure dans de nombreux classements des meilleurs films du XXIème siècle. Alors, quand son nom apparaît à la tête du film sur l’assassinat de Maurizio Gucci, ancien gérant de la marque, on ne peut qu’être désireux de découvrir le film.

Présenté comme un thriller dans le milieu de la mode, le film va fondre avec l’univers suave et esthétique de Wong Kar-Wai. Ce dernier a un style suffisamment personnel pour qu’on puisse en espérer un film aussi talentueux que le récent The Neon Demon, partageant le même sujet. Wong Kar-Wai prend qui plus est la place de Ridley Scott, depuis longtemps attaché au projet. Une bonne nouvelle, Scott étant en plein déclin artistique depuis American Gangster.

Wong Kar-Wai, esthète

Il y a une qualité objective et indissociable des films de Wong-Kar Wai : son sens de l’esthétique. De chacun de ses plans transpire une composition précise et minutieuse de la beauté, très chère à son goût. Comme il est dit dans The Neon Demon, « la beauté ne fait pas tout ; elle est tout. ». Même si l’on peut déplorer que la beauté soit privilégiée au détriment d’un scénario enchevêtré dans certains films, c’est la manière dont l’artiste transpose visuellement sa vision qui prévaut aux yeux de nombreux cinéastes.

Le fait que le film soit un thriller émousse les craintes de voir une oeuvre dont le seul objectif est de rendre une copie soignée. Le thriller et la beauté se marient alors. Chacun est une plus-value pour l’autre. Ce Gucci pourra alors s’inscrire dans la lignée des films de David Fincher à l’image de Panic Room (2002) et Zodiac (2007), dont la beauté est indéniable. De plus, Gucci est en harmonie parfaite avec les thèmes récurrents dans la filmographie de Wong-Kar Wai, puisque comme le dévoile le synopsis, c’est la femme de Maurizio Gucci qui l’a assassiné.

En dévoilant volontairement la fin de son film, Wong Kar-Wai entend bien s’attarder sur le cœur de son sujet, à savoir les passions qui fédèrent, unissent, affectent et détruisent le couple. Ainsi, tout en se renouvelant, Wong-Kar Wai reste cohérent et enrichit son œuvre d’une potentielle nouvelle pièce de goût.

Casting Conventionnel

Toutefois, les attentes naissantes reposent presque entièrement sur le réalisateur, et la tenue même du film nous est inconnue. Elle inquiète au vu du potentiel casting du film, dont on n’a pour l’instant aucune confirmation. Seuls trois noms ont émergé de la toile : ceux de Leonardo DiCaprio, Angelina Jolie et Penelope Cruz. Sans remettre en cause leur talent respectif, ils entachent le film d’un certain conformisme dont Wong Kar-Wai est exclu. Plutôt que de respecter l’intégrité du film, ce choix d’acteurs révèle chez Wong Kar-Wai une volonté d’élargir au maximum son public par des stars qui orneront l’affiche et assureront la visibilité du film par leur statut « bankable ».

Par ailleurs, leur nationalité américaine va faire ressurgir des critiques à l’encontre du film comme celles qui avaient entouré Ghost in The Shell (Scarlett Johansson jouant un personnage asiatique de manga), puisque voir des Américains incarner un couple d’Italiens liés à l’une des plus grandes marques italiennes a de quoi dégoûter certains spectateurs. Décevant de la part d’un homme comme Wong Kar-Wai qui, même lorsqu’il avait choisi des acteurs internationaux pour My Blueberry Nights (2007), avait prêté attention à l’originalité de son casting : la chanteuse Norah Jones au côté de Jude Law tout en laissant place à un grand acteur de second rôle, David Strathairn. Espérons donc que les trois grandes stars à la tête de Gucci ne favorisent pas la conception d’un film commercial.




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