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GARDE À VUE

Le soir du 31 décembre, Jérôme Martinaud, un notaire, est convoqué au commissariat afin de témoigner sur l’assassinat et le viol de deux petites filles. Les inspecteurs Gallien et Belmont, persuadés de la culpabilité du notable, le mettent en garde à vue. Gallien essaye à tout prix de le faire avouer mais malgré tout, l’affaire piétine. C’est alors que Madame Martinaud, la femme du suspect, fait un témoignage décisif pour l’enquête. 

Et une bonne année !

La nuit de la Saint Sylvestre, nuit de fête pendant laquelle on laisse ses soucis de côté, espoir d’un renouveau avec l’arrivée d’une nouvelle année… Il n’y a rien de tout ça dans Garde à vue, qui prend au contraire la nuit du réveillon à contre-pied, n’en captant que son côté hors du temps pour appuyer un peu plus le climat oppressant du huis clos qui va se jouer une heure trente durant, à l’intérieur d’un austère commissariat, loin de l’ambiance festive du nouvel an.

Tout débute donc dans une salle d’interrogatoire, coupée du monde, dont on ne distingue même rien par la fenêtre, où le noir de la nuit et une pluie battante achève de briser toute perspective d’un extérieur. C’est dans ce décor que va se jouer le face à face entre deux légendes du cinéma. D’un côté, Lino Ventura en inspecteur au charisme inébranlable, qui va user de toutes les stratégies psychologiques pour faire flancher son suspect et trouver les preuves pour l’inculper des viols et meurtres de deux fillettes. De l’autre, Michel Serrault en notaire trop intelligent et sûr de lui pour être honnête. Une partie d’échec verbale, rythmée par de savoureux dialogues signés Michel Audiard, débute alors, où chacun va tour à tour mener la danse. La mise en scène de Claude Miller se veut discrète et cherche avant tout, par des plans souvent serrés ou quelques travellings, à capter des détails significatifs dans les actions et réactions des personnages. Le réalisateur a une confiance totale dans l’interprétation magnifiquement nuancée de ses acteurs, dont il utilise également le statut de star du cinéma. De même, aucune musique ne vient ici souligner l’action, la rythmique des dialogues se suffisant à elle-même. La tension monte ainsi crescendo, jusqu’à… 

…ce que le film bascule là où on ne l’attendait pas. Insidieusement, Garde à vue révèle un autre enjeu que celui d’un simple interrogatoire. Quand le suspect commence à s’épancher sur sa vie personnelle et à livrer ses émotions, les convictions du spectateur, qui jusque-là semblaient suivre aveuglement celles de l’inspecteur, commencent à vaciller devant ce qui pourrait autant tenir de la manipulation que de la sincérité. Par ailleurs, l’intervention violente et gratuite d’un pauvre flic, si elle ne fait qu’accroitre l’adhésion du spectateur au bon flic intègre, donne aussi de nouvelles cartes au notaire qui, plus vulnérable, devient plus à même de susciter la compassion. D’autant qu’en parallèle le huis clos semble s’élargir un peu, comme si la réponse à tout ça se trouvait ailleurs que dans cette salle d’interrogatoire. Peut-être se trouve-t-elle dans le personnage presque fantomatique interprété par Romy Schneider, qui apparaît dans une semi-obscurité après avoir hanté tout le début du film. Claude Miller utilise l’aura de cette icône du septième art, hypnotisante, pour appuyer toute l’ambiguïté de ce personnage et de son récit entre froideur et émotion. Il l’illustre en plus par un flash-back à l’imagerie d’Epinal, dont la beauté apparente cache de la noirceur mais peut-être aussi une part de manipulation…

Au même titre que ses protagonistes, Claude Miller s’amuse avec les spectateurs, que ce soit par l’excellence de son intrigue adaptée d’un roman de John Wainwright, ou par sa capacité à se jouer de tous les codes tout en les utilisant par ailleurs à merveille. Garde à vue glisse ainsi doucement du polar porté par des acteurs puissants et charismatiques vers un récit plus introspectif qui explore les failles de ses personnages et leurs blessures enfouies. Si Claude Miller, élève de la Nouvelle Vague (il travailla notamment avec Godard, Demy et Truffaut), semble ici renier ses origines en réalisant un film en studio avec des pointures du cinéma populaire, des comédiens au dialoguiste, il semble néanmoins trouver plaisir, tout comme ces derniers, à ébranler leur image et à mettre à profit leur talent pour les emmener là où le public ne les attend pas.

En apparence Garde à vue n’est pas le meilleur film qui soit pour un 1er janvier (ça risque de casser un peu l’ambiance festive…), mais si vous décidez néanmoins de le regarder aujourd’hui vous pourrez vous venter d’avoir débuter l’année avec un très grand classique du septième art, et sûrement le meilleur huis clos du cinéma français. Maintenant, rien ne presse, il y 364 autres jours dans l’année pour découvrir des chefs-d’œuvre. Bonne année cinématographique 2017 !

La fiche

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GARDE À VUE
Réalisé par Claude Miller
Avec Lino Ventura, Michel Serrault, Romy Schneider…
France – Policier
Sortie : 23 septembre 1981
Durée : 90 min
 





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