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WENDY

Perdue sur une île mystérieuse où l’âge et le temps ne font plus effet, Wendy (Devin France) doit se battre pour sauver sa famille, sa liberté et garder l’esprit jovial de sa jeunesse face au danger mortel de grandir.

Critique du film

Huit ans après l’immense réussite que furent ses Bêtes du Sud sauvage (entre autres récompenses, le Grand Prix du Festival du film américain de Deauville et le Prix du Jury à Sundance), Benh Zeitlin revient avec une œuvre directement inspirée – sans être une réelle adaptation – du conte de Peter Pan, tel que l’imagina l’auteur écossais James Matthew Barrie en 1902 : rien de moins étonnant de la part d’un cinéaste attaché à figurer cette périlleuse résistance de l’enfance dans un monde en proie aux problèmes d’adultes. Il est peu de dire que cette relecture contemporaine d’un mythe connu de tous était attendue par les spectateurs tombés jadis sous le charme de la jeune Hushpuppy, piégée par les eaux de son bayou de Louisiane. Malheureusement pour eux, force est de constater que Wendy tient davantage du ratage malheureux que de l’essai transformé.

WENDY SANS MAGIE

Tout avait pourtant bien commencé : pendant la première demi-heure du film, on suivait les angoisses profondes d’une fillette qui craignait de connaître la même existence que sa mère, gérante d’un piètre restaurant qui n’accueillait que les rares habitants du coin. Son seul exutoire, son unique source d’idéal était cette locomotive qui passait régulièrement sous la fenêtre de sa chambre vers des contrées qu’elle s’imaginait merveilleuses à souhait. L’énergie dégagée par la caméra à l’épaule et le montage effréné accompagnant les sursauts de vie de ce jeune être en rébellion contre un destin tout tracé, dans une ambiance naturaliste qui se révélait ici particulièrement pertinente et fructueuse, avaient quelque chose d’éminemment touchant et laissaient présager le meilleur pour la suite des événements.

L’arrivée des enfants sur l’île enchantée marque un tournant autant scénaristique que dans le ton du film, qui devient très vite alourdi pour un propos archi-souligné et trop épars pour que l’on saisisse réellement les enjeux abordés. Au mythe de l’enfant qui ne veut pas grandir, que l’on retrouve dans l’œuvre originelle de Barrie, vient se greffer une réflexion poussive et superficielle sur le rôle de la famille dans la construction de l’individu, par le biais d’une étrange créature maritime (dont on ne distingue qu’à peine la forme), vague figure maternelle veillant de loin sur les enfants. Le long-métrage se perd rapidement dans un symbolisme omniprésent qui gâche quelque peu l’émotion et les espoirs suscités par le prologue. 

ébauche

Le récit joliment amorcé peine ainsi à trouver une relance satisfaisante, se contentant bientôt de simples ébauches narratives qui font que l’on se lasse des péripéties de ces galopins criards et exténuants. La mise en scène de Zeitlin manque de souffle et peine à se renouveler, offrant une faible diversité de plans et une réalisation quasi-convulsive. L’intrigue principale de Wendy semble restée au stade d’ébauche, bien que le traitement de la naissance du Capitaine Crochet ne soit pas la partie la plus inintéressante. Le message qui parvient tant bien que mal à émerger à la fin du long-métrage, à savoir que la vie d’adulte vaut malgré tout la peine d’être vécue malgré les inconvénients qu’elle suppose, apparaît autant faiblarde que convenue.

Parmi les points positifs, on retiendra surtout le travail de la directrice de la photographie norvégienne Sturla Brandth Grøvlen (également à l’œuvre sur Drunk, dernier film en date de Thomas Vinterberg), proposant des paysages escarpés d’une beauté à la fois âpre et sensorielle, ainsi que l’interprétation de la jeune Devin France, dont c’est le premier rôle au cinéma, qui campe parfaitement son personnage à la hardiesse communicative. 

Il est parfois moins difficile de convaincre par un premier film que de confirmer lors du deuxième et Benh Zeitlin vient, à ses dépends, confirmer cette théorie. Malgré l’audace (et la pointe d’inconscience toute bienvenue) que supposait sa relecture personnelle de la légende de Peter Pan, malgré son intention ô combien louable de faire de Wendy sa figure principale, le réalisateur new-yorkais ne peut cette fois-ci faire mieux que de signer une œuvre absconse et décousue, dont la forme ne parvient pas à sauver un propos confus, quand il n’est pas à la limite du grotesque. Le film souffre de ne pas savoir exactement à quel public s’adresser : trop figuratif (et parfois visuellement difficile) pour être apprécié des plus jeunes, Wendy encourt le risque de paraître mièvre et fade aux yeux des plus âgés. Ce dernier constat est particulièrement dommageable au vu des thèmes capitaux et féconds qui avaient été abordés par J.M. Barrie dans ses ouvrages au début du 20e siècle. Espérons donc que la poésie de Zeitlin revienne très vite nous emporter vers de nouveaux sillages.

Bande-annonce

9 décembre 2020 – De Benh Zeitlin, avec Devin FranceLowell Landes