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HOSTILES

Introspectif

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.

Chevauchée crépusculaire.

C’est par un hommage à Sergio Leone que s’ouvre Hostiles, dernier né de Scott Cooper. Le parallèle avec Il était une fois dans l’ouest saute aux yeux et dessine immédiatement les limites du métrage : nous n’aurons pas le droit à une « iconisation » marquée des héros ni à une sanctification du propos.

Hostiles est un film introspectif. Le lent déroulement de la trame scénaristique ancre les clichés du genre pour mieux les malmener. Tel un poison corrosif, la culpabilité fait jour dans tous les camps pour questionner la valeur humaine. Qu’est-ce que valoir mieux qu’un autre alors que tous ont commis des choses innommables ? La légitimité peut-elle réellement être acquise par une simple autorisation étatique ? Ou est-ce dans un questionnement plus profond – notamment sur la notion de justice – qu’elle puise sa source ?

Les distensions s’amorcent au départ pour mieux se rejoindre en une humanité imparfaite. Les frontières morales se floutent dans chaque regard, qu’ils soient indiens ou yankees. Ils portent tous les fardeaux de l’existence et des atrocités commises. Le réalisateur des Brasiers de la colère souligne se fait pour porter tous les personnages- hormis la figure presque angélique de Rosamund Pike – au bord des rives de l’abjection.

Se construit alors une multitude de jeux de regards, de non-dits, de silences qui véhiculent des sentiments complexes. La langue indienne s’ajoute, concise, pleine de sagesse pour communier les rédemptions. Les épreuves influencent l’existence, autant qu’elles font basculer la vie dans la pénombre. La mort n’a pas l’élégance de la distinction.

Au regard de ces éléments louables, c’est pourtant empreint d’un goût d’inachevé que l’on ressort du dernier né de Scott Cooper. Malgré une finesse et une sensibilité (que l’on ne peut lui retirer) dans l’analyse des relations entre ses personnages, Hostiles manque d’incidence émotionnelle, d’une tragédie existentielle. Peut-être que la faute peut se chercher du côté d’une longueur excessive ? Le récit aurait sans doute mérité d’être raccourci d’une bonne demi-heure.

L’un des derniers plans, tel un écho au final des Brasiers de la colère, montre Christian Bale face caméra au regard vide, éteint. La flamme de sa colère n’est plus, tout comme s’est évaporé son désir de vengeance. Un renouveau est possible, maladroitement souligné par d’ultimes minutes qui se soustraient à la finesse de l’évocation : violons et ralentis s’invitent pour un concert que l’on aurait voulu éviter.

Des réserves qui ne retirent rien à la beauté crépusculaire (sublime travail de Masanobu Takayanagi) d’Hostiles. Les clairs-obscurs révèlent les déchirures humaines qui font fi de tous bords. Une longue chevauchée, qui se perd parfois dans ses détours, n’échappant pas à quelques clichés orchestraux. Un beau portrait d’une humanité érémitique, sans manichéisme, en quête de la sagesse de l’émotion.

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La fiche
HOSTILES AFFICHE

HOSTILES
Réalisé par Scott Cooper
Avec Christian Bale, Rosamund Pike, Timothée Chalamet…
Etats-Unis – Western
Sortie : 7 mars 2018
Durée : 123 min




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Ynausicaa
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Ynausicaa
J’ai ressenti la même chose, un goût d’inachevé.
J’aurai voulu plus de présence à l’écran de Yellow Hawk et sa famille (toujours droit, jamais il ne baisse les yeux).
Le rythme long et lent m’a convenu.