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L’HORLOGER DE SAINT-PAUL

Abandonné par sa femme, Michel Descombes, horloger à Lyon, élève seul son fils, Bernard. Un jour, la police vient faire une perquisition à son domicile. Surpris, le père apprend que son fils est en fuite avec sa compagne car il a tué un des gardiens d’une usine. Michel se rend alors à l’évidence, il ne connaît pas vraiment Bernard. Lorsque ce dernier se fait arrêter, Mr Descombes met tout en œuvre pour créer une véritable relation avec lui.

Les premières heures de Tavernier.

Revenir aux origines d’un grand cinéaste est toujours digne d’intérêt, d’autant plus dans le cas de Bertrand Tavernier qui signe dès son premier film une grande œuvre. On retrouve ainsi dans L’Horloger de Saint-Paul tout ce qui fera par la suite l’essence de la filmographie du réalisateur. D’abord, son intérêt pour le récit et les personnages, qu’il met souvent face à des situations qui vont les transformer. Ensuite, sa volonté d’inscrire son film dans un cadre politico-social et de livrer une réflexion qui prend en compte avant tout l’humain. Et puis, son envie de réhabiliter un cinéma dénigré par la Nouvelle Vague, sans pour autant se refuser une certaine modernité et y apposer une patte très personnelle.

L’Horloger de Saint-Paul est ainsi une adaptation de Georges Simenon, choix audacieux dans l’après Nouvelle Vague, d’autant plus que Tavernier décide de s’adjoindre pour écrire le scénario les services de Jean Aurenche et Pierre Bost, auteurs décriés par Truffaut dans son célèbre article « Une certaine tendance du cinéma français ». Pour autant, le réalisateur ne va s’inspirer que très librement du roman, et se refuse à faire un film noir baigné de brume. Même si Tavernier goûtera plus tard avec succès au polar, L’Horloger de Saint-Paul ne garde du genre que de vagues traces lors de quelques séquences d’enquête. Le cinéaste n’utilise l’œuvre de Simenon que comme point de départ pour écrire une œuvre qui lui est propre. Il transpose l’action des Etats-Unis vers son Lyon natal, y intègre le climat politique français post-Mai 68, et met avant tout l’accent sur la relation muette entre un père et un fils, écho à ses propres rapports familiaux.

L’Horloger de Saint-Paul est d’ailleurs peut-être l’une des œuvres les plus personnelles de Bertrand Tavernier. En témoigne le combat acharné du réalisateur pour tourner le film dans sa ville natale. Alors même qu’il a eu du mal à trouver un producteur, il renonce à une partie de son salaire pour que l’entièreté du tournage ait lieu à Lyon. La ville devient ainsi une des protagonistes principaux du film. Tavernier la filme sous toutes les coutures, parcourt les lieux qui ont baigné sont enfance. Et même si les façades non-restaurées du Lyon des années 70 sont noircies par la pollution, le réalisateur cherche avant tout à faire éclater leurs couleurs. Il prend totalement à contre-pied l’ambiance attendue pour un drame policier, en plaçant son action en plein mois d’août, en filmant des lieux de vie comme des marchés ou le parc de la Tête d’Or, en multipliant les séquences de repas dans des bouchons, plutôt que de privilégier des plans de nuit dans des ruelles sombres.

Sur le fond, le film s’ouvre avec un propos qui semble mettre en avant la politique. La séquence d’ouverture se passe un soir d’élection et on y parle du climat général de la France du début des années 70. Puis l’intrigue policière débute lorsque le fils de l’horloger du titre prend la fuite après avoir tué un homme. Et dans un premier temps le motif du meurtre semble être politique, mais rapidement Tavernier lui donne un élan plus romanesque, pour au final ne jamais trancher. Ce parti-pris annonce le cinéma à venir de Tavernier, qui ira toujours au-delà des apparences pour appréhender les choses avec toute la complexité de l’être humain.

Père et fils

Et c’est bien l’humain qui est finalement au centre de cet Horloger de Saint-Paul, qui s’avère être avant tout un film sur la relation entre un père et un fils rongés par l’absence de communication. Car le héros n’a finalement que faire du motif du meurtre de son fils. Ce qu’il comprend au moment de sa disparition, c’est combien il ne connaît que peu son enfant. Et en tentant de le retrouver, il cherche avant tout à recréer un lien brisé. Même le rôle du commissaire va bien au-delà du simple policier. À travers quelques scènes, on entrevoit également en lui un père malheureux qui, par son enquête, cherche avant tout à se rassurer quant à ses propres questionnements de père.

Cette question de la relation père/fils va au-delà de l’histoire elle-même. Quand Tavernier fait appel à des scénaristes et des acteurs plus âgés que lui (Noiret et Rochefort, magistraux de subtilité dans leurs rôles de pères solitaires), on y voir forcément une recherche de filiation de cinéma à l’heure de son premier film. Et quand il se tourne en plus vers ceux qui ont été exclus de la Nouvelle Vague, il y aussi nécessairement une volonté de se réconcilier avec le cinéma oublié par toute une génération, une volonté de recréer le lien entre le cinéma d’un jeune réalisateur et celui de ses ainés. Et au même titre que les protagonistes de L’Horloger de Saint-Paul finissent par renouer le dialogue, Bertrand Tavernier aura su réconcilier le classicisme d’un cinéma tourné vers la narration et la résolue modernité d’un réalisateur qui aura tout au long de sa carrière su passer d’un genre à l’autre et se sera attaché à questionner le monde qui l’entoure.




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