critique film figures de l’ombre

LES FIGURES DE L’OMBRE

Gentillounet

Années 1960. En pleine course spatiale, les Etats-Unis et l’Union Soviétique rivalisent d’ingéniosité et de calculs pour envoyer le premier Homme dans l’espace. Alors que l’Amérique accuse un sérieux retard, trois Afro-Américaines vont devoir aller envers le racisme et l’intolérance pour faire avancer les programmes aéronautiques. 

Trop poli pour être honnête.

Comme s’ils ne s’étaient pas assez distingués face à leurs concurrents d’eux même, la bisbille finale entre Moonlight et La La Land a terminé d’imposer le silence sur les autres prétendants à l’Oscar du meilleur film de la dernière cérémonie. Pourtant, en d’autres temps, en d’autres contextes et sûrement en d’autres challengers, on aurait peut être parlé de ses Figures de l’Ombre dans la course à la statuette. On ne l’a pas fait. La meilleure preuve que, malgré les divergences d’opinion, deux vrais bons films se sont tirés la bourre jusqu’à la ligne d’arrivée, et ont permis d’éviter tout débat ou comparaison stérile avec des métrages de la tempe molle de celle de Hidden Figures, pour son titre en VO.

Scénario spatial sur rails

Comme une musique pop de radio électro-variét’, il ne suffit que de quelques secondes d’introduction pour déceler l’intégralité du squelette pré-fabriqué de ces Figures de l’Ombre. Trois scientifiques Afro-Américaines reléguées au sous-sol de la NASA par préjugés racistes se débattent pour être enfin reconnues à leur juste valeur. Trois fragments étincelants qui forment le miroir brisé de leurs luttes contre le racisme, l’intolérance et la misogynie, cherchant la reconnaissance et l’égalité des chances.  Trois actrices qui rayonnent : Taraji P. Henson (Katherine Johnson, mathématicienne), Octavia Spencer (Dorothy Vaughan, superviseuse) et Janelle Monae (Mary Jackson, ingénieure) excellent dans leur rôle, leurs traits de caractère combinés façonnant à eux seuls le dynamisme du film. 

La métaphore avec le morceau pop n’est pas choisie au hasard. On en retrouve l’inspiration dans les deux titres composés spécialement pour l’occasion par Pharrell Williams. Deux chansons insipides répétées pour essayer de leur donner la valeur dont ils manquent cruellement intrinsèquement. Un défaut qu’on retrouve à plus grande échelle sur l’ensemble du long-métrage de Theodore Melfi. C’est paradoxalement dans les moments où il cherche à souligner l’importance de ces trois femmes dans l’Histoire nationale que Les Figures de l’Ombre se prend les pieds dans le plat, plombant son rythme par l’aval perpétuel que doit donner le cheftain de service (Kevin Costner) aux nœuds dramatiques, ou inhibant au contraire les moments de violence sous quelques lignes de dialogue aussi attendus que les 4 accords de la BO.

Oui, Les Figures de l’Ombre paie probablement, et de façon un peu injuste en soi, son contexte d’époque où d’autres films ont su justement frapper dans les fêlures de l’Histoire ou des injustices sociales avec beaucoup plus de force que lui. Même si certains s’y sont brisés les phalanges, à l’image de Birth Of A Nation par exemple, ils ont au moins le mérite de prendre des risques. Ce n’est pas le cas de Les Figures de l’Ombre, qui cherche trop à plaire pour ne pas déceler un sourire crispé. Ni médiocre, ni foncièrement entraînant, le calcul opéré par Melfi est correct en soi, mais il résout une équation qui a deux décennies de retard.

La fiche

LES FIGURES DE L’OMBRE
Réalisé par Theodore Melfi
Avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monae…
Etats-Unis – Biopic
Sortie : 8 mars 2017
Durée : 127 min




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