still_boya

BOY A

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Poignant

Jack, 24 ans, qui avait été condamné alors qu’il était mineur, est libéré après plusieurs années de prison. Dès sa libération, Terry, assistant social, l’emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d’Angleterre qu’il ne connaît pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l’anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé. Commence alors pour lui une nouvelle existence, sous une nouvelle identité. Mais comment va-t-il échapper aux ombres de son passé pour assumer sa liberté ? 

Le deuxième film de John Crowley a remporté un vif succès au festival de Dinard, tant critique que public. Et on comprend pourquoi. Le début du film est volontairement épuré – le jeune sort de prison, n’a aucune possession, aucun proche ou ami . Quelques plans de Jack, seul dans sa chambre sous les toits, symbolisent ce nouveau départ d’un jeune homme qui n’a pas vécu sa jeunesse, qui découvre la vie hors de sa cellule et qui va essayer de se construire une identité, une histoire, une existence. Mais pour cela, il devra dépasser les fautes qu’il a commise par le passé et apprendre à vivre avec les autres, lui qui, adolescent, n’avait en guise d’ami qu’un gamin perturbé avec qui il vivait en marge des autres.  

Boy A parle de la quête de rédemption d’une jeune homme de 24 ans qui va se lier d’amitié, connaître une relation amoureuse intense, et qui sera accompagné par un cinquantenaire attachant s’occupant d’aider à la réinsertion des anciens détenus. Andrew Garfield incarne, avec talent et sensibilité, ce « nouveau-né » dans une société pas toujours prête à donner une deuxième chance à quelqu’un qui a commis un crime. Le réalisateur ne cherche pas à disculper le jeune homme de son acte. Il essaie seulement – avec succès – de montrer combien la société n’aide pas ses personnes à la réintégrer. Et cela apparaît comme plus cruel encore lorsqu’on voit le courage, la persévérance et la volonté de Jack, qui finalement n’était qu’un gamin désorienté et esseulé lorsqu’il a été condamné. Plusieurs flash-back, habilement insérés à l’histoire, permettent de rassembler les pièces du puzzle et de connaître progressivement les circonstances du crime que lui et son jeune acolyte ont perpétré vers l’âge de 12 ans. 

Le film soulève de nombreuses questions. Ce gosse était-il responsable de l’atrocité du meurtre qu’il a commis ? Et s’il l’était, ne mériterait-il pas une seconde chance, lui qui n’a que 24 ans à sa sortie de prison ? N’est-il pas une toute autre personne désormais, capable d’empathie, de loyauté et de courage ? On est touché par ce personnage qui essaie d’apprendre à vivre avec le terrible poids du passé, qu’il parvient toutefois à mettre de côté, hormis lorsqu’ils reviennent le hanter dans ses songes ou dans les médias. 

Boy A est un film intelligent et brillamment construit, dont les dernières minutes bouleversantes vous scotchent au fauteuil et vous laissent immobiles et sans voix lors du générique. Le film marquant de ce début d’année 2009. 

 

JOHN CROWLEY | USA | 123 MIN | 2009 | ANDREW GARFIELD, PETER MULLAN, KATIE LYONS



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Chonchon
Invité
Je suis très curieuse de voir ce film et je suis contente que tu l’aies apprécié. Ca me donne encore plus envie. Même si l’on ne sait pas ce que le gamin a fait autrefois, on s’en doute un petit peu, et les questions que tu poses dans ton article sont exactement celles que l’on doit se poser.

POSTÉ PAR CHONCHON, 02 MARS 2009 À 15:16

Caro
Invité
Superbe film très émouvant, belle surprise, et des acteurs au top. Une histoire qui marque à coup sur !

POSTÉ PAR CARO, 02 MARS 2009 À 19:56

Ta D loi du Ciné
Invité
‘ai senti le film comme empreint d’un grand pessimisme sur la possibilité du « pardon », que ce soit au moment du procès, ou lors de la terrible scène que Jack revit en cauchemar; ou bien lors de la rencontre sur la jetée (rêve ou réalité?); ou, finalement, s’autopardonner… Est-ce que le dénouement peut permettre de garder l’espoir? je ne sais pas…

POSTÉ PAR TA D LOI DU CINE, 03 MARS 2009 À 00:06

Alamissamoun
Invité
J’en ai beaucoup entendu parler mais je n’étais pas tellement motivé, votre article m’a décidé, merci.

POSTÉ PAR ALAMISSAMOUN, 05 MARS 2009 À 14:38

Val
Invité
J’ai hâte de voir ce film, j’espère le voir bientôt lors de sa rediffusion sur Arte (parce que je l’avais manqué au cinéma car j’ai vu l’affiche et c’était un film qui m’intéressait et je l’ai manqué aussi à la télé)
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