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VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT

Sasha est une jeune vampire avec un grave problème : elle est trop humaniste pour mordre ! Lorsque ses parents, exaspérés, décident de lui couper les vivres, sa survie est menacée. Heureusement pour elle, Sasha fait la rencontre de Paul, un adolescent solitaire aux comportements suicidaires qui consent à lui offrir sa vie. Ce qui devait être un échange de bons procédés se transforme alors en épopée nocturne durant laquelle les deux nouveaux amis chercheront à réaliser les dernières volontés de Paul avant le lever du soleil.

CRITIQUE DU FILM 

Rarement un film aura aussi bien porté son sujet que Vampire humaniste cherche suicidaire consentant. Pourtant, il y a suffisamment d’humour, d’étrangeté et de questionnements dans ce titre pour être troublé et ne pas du tout savoir ce que l’on va trouver dans le film. Premier long-métrage de la canadienne Ariane Louis-Seize, un nom lui aussi intrigant, il nous plonge dans une hybridation entre comédie, film fantastique et « coming of age story », où l’auteure prend un malin plaisir à secouer les stéréotypes de chaque genre cités pour développer une histoire on ne peut plus singulière. Dès les premières images c’est dans un style on ne peut plus burlesque que nous plonge la québécoise, avec un sacrifice de clown, le bien nommé Rico le berlingot, qui devient un cadeau d’anniversaire pour la jeune Sasha, qui n’a pas encore bu de sang à même la gorge d’un être humain.

Ce rite initiatique classique pour une histoire de vampires, tourne court avec le refus de la fillette de participer, elle qui se faisait une joie de participer au spectacle de magie organisé par le gentil clown. Comme le révèle les doctes analyses des spécialistes de la famille, c’est la sensibilité et la compassion de Sasha qui prend le pas sur ses instincts de tueuse et tiennent en respect sa soif de sang. En quelques mots nous avons défini les premiers mots du titre du film, « vampire humaniste », c’est à dire une créature de la nuit qui s’attache aux humains plutôt que de les considérer comme du bétail. Là où ce postulat ne tient que quelques minutes dans un film du genre classique, on pense à Entretien avec un vampire inspiré d’Anne Rice, la réalisatrice tient sa ligne et la renforce même par une rencontre amicale forte entre Sasha et un adolescent, le dépressif Paul.

C’est lui qui va donner du sens à la deuxième partie du titre, il est ce personnage qui ne tient pas à la vie et tente régulièrement de suicider sans y parvenir. Pour Sasha il est une solution, elle pourrait utiliser cette faiblesse ou ce désespoir pour se nourrir sans avoir à « chasser » comme le lui suggère tout le reste de sa famille. Toute la qualité du film à ce moment là est le fin dosage entre images très graphiques et sanguinolentes, passage obligé d’un film de vampires, avec l’aspect psychologique très important qui définit Sasha, toujours aussi tourmentée par ce choix qu’elle ne veut pas faire. Ariane Louis-Seize refuse de sacrifier son choix de réaliser avant tout une comédie, continuant à faire rire plutôt qu’à choquer, en dessinant des archétypes particulièrement efficace.

On a en effet un père trop coulant et protecteur, une mère plus dure, une tante pince sans rire et enfin une cousine, Denise, qui elle vit la grande vie vampirique, crocs de boucher au mur et chasse à tout va dans les rues sombres de la petite ville. Spécialiste du ramassage de gros beaufs de boite de nuits, ainsi que du nettoyage de scènes de crime, elle est chargée de faire la formation d’une Sasha qui se reposait trop sur ses parents pour se nourrir. L’opposition entre la très délurée et libérée Denise et la mystérieuse et mal dans sa peau Sasha, est parfaite pour créer du dynamisme dans l’écriture, poussant la plus jeune dans ses retranchements, tout le temps en réaction à ce que lui propose sa cousine. Cela se voit jusque dans sa relation avec Paul, qui distille pour sa part juste ce qu’il faut de romance à l’histoire, avec une alchimie parfaite avec Sasha.

Tous ces éléments permettent au film de ne jamais perdre son rythme de vue, rien ne dépasse, tout est très efficace, ce dans une grande économie de moyens. Ariane Louis-Seize n’en fait jamais trop, pas de scènes choquantes pour la forme, ni un humour trop lourd et indigeste, tout est juste et bien mené, dans une grande cohérence scénaristique et une mise en scène sobre qui est à l’avenant de cette très bonne gestion du tempo. Vampire humaniste est un film drôle de bout en bout qui réussit à ne pas se fourvoyer et à respecter tout le programme qu’il contenait dans sa note d’intention, ce qui n’est pas un mince exploit.

D’Ariane Louis-Seize, avec Sara Montpetit, Félix-Antoine Bénard et Steve Laplante.


Festival de La Roche-sur-Yon 2023




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