pas-de-vagues

PAS DE VAGUES

Un jeune professeur est accusé de harcèlement par une de ses élèves. Même s’il est innocent, l’incident tourne à l’incendie et embrase le collège.

CRITIQUE DU FILM 

Dans un collège situé en réseau d’éducation prioritaire, Julien un professeur donne un cours sur le poème Mignonne, allons voir si la rose dans une classe particulièrement agitée et réactives. Chez les ados, les insultes et les provocations fusent face à Julien, un jeune enseignant qui tente de conserver le calme et le respect avec pédagogie. À la suite de cette séquence très réaliste, durant laquelle ce dernier aura eu la mission sensible d’analyser avec ses élèves la portée romantique des vers de Ronsard, Julien apprend qu’une accusation pour harcèlement sexuelle a été portée contre lui par une de ses élèves. Économe dans ses dialogues, le film n’en est pas avare pour autant.

Au contraire, il s’agit d’une affaire délicate où chaque mot sera interprété, et parfois mal. Le scénario, co-écrit par le réalisateur avec Audrey Diwan, réussit donc à doser la parole de manière précise, évitant ainsi aux personnages de rentrer dans des discours emphatiques, convenus ou victimaires. Il parvient aussi à confronter subtilement plusieurs sujets épineux, dont celui de savoir s’il faut divulguer ou non son homosexualité dans la sphère professionnelle, essentiellement dans un quartier sensible où sa perception est loin d’être positive. Ou comment instrumentaliser une stigmatisation pour en prévenir d’autres.

Face à une telle spirale d’angoisse, d’injustice et de partialité, la mise en scène n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Elle est donc plutôt sobre, pour mieux laisser se dérouler le récit, servi avec implication par François Civil. Il est saisissant de justesse en jeune professeur dépassé qui, faute d’appuis, doit lutter pour faire valoir ses droits tout en poursuivant sa mission d’enseignement et d’élévation de ses élèves. Dans plusieurs scènes particulièrement marquantes, Civil parvient à nous transmettre toute la détresse qui envahit son personnage.

L’expression « pas de vague » met l’accent sur les conséquences que peut entrainer cette injonction fréquemment employée par les hiérarchies pour dissuader les enseignants de se plaindre. Avec ce film qui s’inspire de la propre histoire du réalisateur, elle révèle toute sa charge cynique et violente. À l’instar de La Salle des profs (Ilker Çatak) et, dans une certaine mesure, de Monster (Kore-Eda), tous deux sortant également en 2024, Teddy Lussi-Modeste s’attaque à un sujet actuel et d’une grande sensibilité. Alors, hasard du calendrier ou cristallisation d’un malaise social bien réel et, manifestement, répandu à l’échelle globale ? Ça ressemble en tous cas à une prise de conscience que le cinéma ne peut que renforcer.


27 mars 2024De Teddy Lussi-Modeste, avec François CivilShaïn BoumedineMallory Wanecque




%d blogueurs aiment cette page :