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J’AI TUÉ MA MÈRE

8
Très bon

Hubert n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange. Au-delà des irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour/haine, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence rongée par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

Aime ta mère

Après le sacre de Mommy, fraîchement honoré à Cannes d’un Prix du Jury visiblement pas volé, l’occasion paraissait idéale pour se pencher sur le premier long-métrage du prodige québécois – actuellement rediffusé dans les salles MK2 – aux résonances forcément fortes : J’ai tué ma mère.

Fortement autobiographique, J’ai tué ma mère raconte la relation conflictuelle d’un adolescent (Hubert) avec sa mère (Chantal). À l’époque, Xavier Dolan s’était révélé de façon fulgurante avec ce cri d’amour révolté pour celle avec qui il a longtemps eu du mal à s’entendre. Le premier visionnage de ce film l’avait projeté dans la cour des grands et avait impressionné par sa maturité artistique et technique. Mais il avait également marqué les esprits car son premier métrage déclenchait autant d’éclats de rire que d’émotions, entre deux disputes dans le « char » et deux réconciliations maladroites sur le bord d’un lit ou d’un rocher. 

Déjà, le jeune cinéaste faisait preuve d’un talent stupéfiant, autant à son aise pour mettre en scène quelques séquences tragi-comiques absolument irrésistibles que pour nous emporter dans ses envolées lyriques et ses mariages de couleurs aussi travaillés qu’hypnotisants. Bénéficiant des présences charismatiques de ses muses et amies, Anne Dorval et Suzanne Clément (que vous retrouverez bientôt dans Mommy après les avoir revues dans Les amours imaginaires pour la première ou Laurence Anyways pour la seconde), J’ai tué ma mère ne subit pas l’usure des années et se laisse toujours (re)découvrir avec autant de plaisir, réveillant en chacun quelques éventuels souvenirs d’une enfance contrariée par une mère aussi irritante qu’aimante. 

Lorsqu’apparait l’écran noir du générique final et que débute le chant de Luis Mariano, on se retrouve à nouveau avec le coeur au bord des yeux et le rire au bord des lèvres. Première oeuvre fougueuse, généreuse et bouleversante, J’ai tué ma mère semble avoir posé les jalons de la brillante carrière promise à Xavier Dolan, à condition que ce dernier fasse fit des mauvaises langues et conserve cet amour à l’ouvrage et cette sensibilité si rares.

La fiche

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J’AI TUÉ MA MÈRE
Réalisé par Xavier Dolan
Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément…
Canada – Comédie, Drame
Sortie en salles : 15 Juillet 2009
Durée : 100 min





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ChonchonAelezig
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Waouh. J’ai beaucoup aimé Laurence anyways. J’ai été bouleversée par l’hommage qu’il a rendu à Jane Campion à Cannes… J’ai hâte de découvrir le reste de sa filmo, ton article tombe à pic et vu ce que tu dis, dès que je le trouve, je le prends !
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[…] coffret regroupant J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence anyways et Tom à la ferme sortira à la même date au prix […]
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[…] imaginaires, je me dis qu’il y a cinq à dix secondes de trop à chaque scène. Et pour J’ai tué ma mère, n’en parlons pas… je le vois et je trouve ça très laid, ça me rend fou. […]
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[…] 3ème collaboration avec Xavier Dolan et on ne peut que constater son évolution artistique depuis J’ai tué ma mère dans lequel vous interprétiez le rôle d’une enseignante – presque un mentor veillant sur […]
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[…] de la victoire d’un cinéaste pour lequel notre affection ne fait que croître depuis J’ai tué ma mère. Enfin, que le poignant Mommy succède au bouleversant Alabama Monroe est un symbole fort qui ne […]