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Suzanne Clément | Entretien

À l’occasion de la sortie prochaine de Mommy de Xavier Dolan, nous avons rencontré la comédienne Suzanne Clément. Un entretien presque informel lors duquel l’actrice s’est livrée sur sa relation artistique et personnelle avec le jeune cinéaste, ses envies de cinéma français et ses projets futurs… Confidences autour d’un café… 

Thomas P. (LBDM.fr) : Il s’agit de votre 3ème collaboration avec Xavier Dolan et on ne peut que constater son évolution artistique depuis J’ai tué ma mère dans lequel vous interprétiez le rôle d’une enseignante – presque un mentor veillant sur ce jeune homme fougueux et déboussolé. Quel regard portez-vous sur son parcours ? Quel lien vous unit désormais ? Pensez-vous avoir pour lui également un rôle de mentor ?

Suzanne Clément : Je ne sais pas si je suis un « mentor » pour lui. Je dirais plutôt qu’on s’épaule mutuellement. Même s’il y a parfois des périodes où l’on ne se voit pas du tout, qu’on ne se parle pas énormément, on a une relation très fougueuse ensemble. En fait, je crois qu’il est mon mentor, il m’inspire énormément. Il me transporte Xavier, il me fait avancer, énormément. Je lui apporte une certaine émulation sur certains points mais je pense que c’est réciproque. 

T.P : J’ai cru lire que vous passiez même certaines soirées à regarder des DVD ensemble, des films que vous lui conseillez…

S.C : Là encore, c’est dans les deux sens. Il me suggère des films, je lui en suggère. À une période, je vivais chez lui et on a regardé énormément de films. Xavier créé à partir de ce qu’il voit, de ce qui l’interpelle.

T.P : Toujours dans cette idée d’émulation réciproque… Comment avez-vous construit Kyla avec Xavier ? Quelle a été votre contribution pour la façonner ?

Xavier me l’a proposé lui-même. Il souhaitait qu’on le travaille ensemble parce que c’est un personnage qui devait se construire sur des silences. Mais j’avais l’impression qu’elle n’était pas assez définie, qu’elle n’était pas assez présente, qu’il manquait quelque chose à ce personnage. Il a souhaité qu’on travaille également le bégaiement, on a ajouté puis retiré des scènes. On lui a inventé un passé. 

ATTENTION : cet échange comporte quelques spoilers…

T.P : Est-ce dans cette idée que vous avez décidé de ne pas verbaliser le traumatisme qu’elle avait subi mais de le laisser deviner par le biais de certains indices (notamment les photos de famille) ?

S.C : Oui. Elle était plus définie ainsi, sans qu’on ait besoin de trop en dire. On a également ajouté la scène où Kyla s’impose avec Steve. Cette scène avait beaucoup de sens. Steve poussait les limites jusqu’à découvrir qui était vraiment cette femme, pour qu’elle sorte de son mutisme. C’est presque une réaction animale lorsqu’il arrache son médaillon – qui la renvoie à son fils. Elle le plaque au sol. Il est touché par elle à ce moment. Je crois que c’est à partir de là qu’ils se reconnaissent tous les deux, c’est un beau moment. 

Xavier et Antoine-Olivier s’éclataient comme des frères entre deux prises.

T.P : Alors que Laurence Anyways vous offrait un rôle fort où vous faisiez de l’ombre à votre partenaire à l’écran, vous êtes plus en retrait dans Mommy. Ce personnage était-il plus difficile à interpréter ? 

S.C : Oui, ça me faisait peur. C’était un peu casse-gueule. Surtout que les deux autres personnages sont assez forts. J’avais peur. Xavier m’a rassuré. J’avais besoin qu’il s’occupe de moi, je craignais qu’il ne m’oublie sur le plateau car son énergie est tellement proche de ces deux autres personnages. 

T. P : Pourtant Kyla est assez précieuse dans la dynamique du trio… 

S.C : Oui, c’est un contrepoids et il fallait bien l’aborder. Ce que je trouvais le plus dur était de tolérer le fait que mes silences créent un malaise chez les autres personnages. L’accepter et oser le faire vivre aux autres. Après, j’avais deux acteurs tellement intelligents face à moi que j’ai adoré voir leurs réactions. 

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T. P : Vous parliez de cette scène marquante où votre personnage plaque Steve au sol… Comment s’est déroulé le tournage avec Antoine-Olivier Pilon, ce jeune acteur que nous découvrons à peine…

S.C : Pourtant il a déjà beaucoup tourné malgré sa jeunesse (à la télé, au cinéma). Il est arrivé à l’aise sur le plateau. Il n’avait que 16 ans au moment du tournage. Il s’abandonnait complètement au plaisir d’être avec Xavier. Ils étaient comme deux larrons, deux frères qui s’éclataient entre deux prises. Je crois que c’était un atout pour son personnage, ce lien qu’il a créé avec Xavier. Ils ne se questionnaient pas, ils se faisaient des suggestions. On le voyait déjà dans un tout petit rôle dans Laurence Anyways. Dans une scène très significative : c’est la première fois qu’une personne interpelle Laurence dans la rue et la considère comme une femme. Il a un geste fantasque, sans pudeur mais très beau. 

T. P : On a presque l’impression de retrouver chez lui une fougue très britannique… 

S.C : Oui, on pourrait carrément le retrouver dans un film de Danny Boyle, un mec de la bande de Trainspotting par exemple !  

T. P : D’ailleurs puisqu’on évoque le cinéma anglais, vous avez été récemment choisie pour faire partie du jury au prochain Festival du cinéma britannique de Dinard… 

S.C : Je suis super heureuse ! Je crois que j’avais dit à mon agent que c’était quelque chose qui m’intéresserait (de faire un festival, ndlr). Mais là, ça m’est arrivé comme ça. J’étais sur Paris, je faisais du jogging dans les Buttes-Chaumont et j’ai croisé Thierry Borgoltz qui courait lui aussi. Il m’a interpellée et m’a proposé de participer et j’ai accepté, c’était parfait. Maintenant, il va falloir que je fasse mes devoirs lorsque j’aurais un moment et que je regarde les films des réalisateurs qui seront présents. 

Le Prix du Jury est une belle récompense pour nous.

T. P : Vous reviendrez également en France pour présenter À la vie de Jean-Jacques Zilbermann… En France, nous vous connaissons majoritairement par le prisme des films de Xavier Dolan. Etait-ce une volonté de travailler davantage ici ?  

S.C : Oui, j’avais la volonté de travailler en France, j’ai eu quelques propositions. Jean-Jacques Zilbermann m’a approchée parce que quelqu’un lui avait conseillé de regarder  » cette fille qui joue dans Laurence Anyways « , il cherchait quelqu’un pour ce rôle d’une française vivant au Québec. 

T. P : Vous a-t-il demandé de conserver votre accent dans le film ?  

S.C : Non, je ne voulais pas trop de toute façon. Je voulais que les gens sachent que je peux gommer mon accent. Il me disait que je pouvais le relâcher par moments, cela ne posait pas problème. J’étais contente de travailler avec lui, c’est un homme très intéressant. À la vie, c’est l’histoire de sa mère qui a été incarcérée à Auschtwitz. Celle-ci s’en est sortie car elle a eu accès à un poste dans les cuisines. Elle a également fait rentrer la femme que j’interprète, Rose. À la sortie du camp, elles se sont perdues de vue mais se sont finalement retrouvées un an plus tard et ont passé du temps au bord de la mer. Par la suite, elles ne sont plus quittées, elles se réunissaient chaque année. 

T. P : Quelles indications vous avait-il donné sur le ton du film ?  

S.C : Dans chacun de ses scénarios, il y a toujours de l’humour. Il assume complètement son humour juif. Puis, dans le drame, il y a toujours des points d’humour. On a parlé de la dimension historique de cette histoire. On ne voulait pas l’occulter. Toutefois, À la vie est un film qui se concentre surtout sur des petits détails, des petits gestes de femmes qui se retrouvent dans des circonstances tellement différentes. Il fallait faire preuve de beaucoup de délicatesse….

(Nous sommes interrompus par l’irruption farceuse de Xavier Dolan qui fait mine de se présenter à Suzanne Clément avant de l’embrasser sur la joue en riant). 

T. P : Si j’ai bien compris, vous repartez à Montréal pour débuter le tournage de Guibord s’en va en guerre sous la direction de Philippe Falardeau (Monsieur Lazhar, The Good Lie) dans lequel vous donnerez la réplique à Patrick Huard, déjà présent dans Mommy ?  

S.C : Vous connaissez Patrick ? Je l’adore. Dire que je n’ai toujours pas vu Starbuck… En tout cas, c’est bien que Philippe et Patrick soient un peu connus ici. Philippe Falardeau est un bon réalisateur. Nous avons déjà travaillé ensemble sur C’est pas moi, je le jure ! Cette fois-ci, c’est une comédie politique : un député du gouvernement fédéral va devoir décider si le Canada doit entrer en guerre sur un territoire étranger. Ce pauvre homme aura beaucoup de difficultés à faire ce choix. J’interprèterai son épouse qui va essayer de l’aider à prendre sa décision, même si avec sa fille ils ont des opinions assez opposées. Je retourne donc à Montréal pour ce tournage, puis je reviendrai en France. 

T. P : On sent effectivement cette envie de tourner davantage avec des cinéastes français, comme Abdellatif Kechiche que vous disiez beaucoup admirer ?  

S.C : Oui, c’est vrai, beaucoup. Toutefois, j’ai envie de toucher à tout. Tous les registres me plaisent, même les comédies américaines un peu folles…. 

T. P : Cela aurait été un beau symbole que Xavier (Dolan) succède à Kechiche pour la Palme d’Or, deux films forts et terriblement justes dans l’expression des sentiments. N’avez-vous pas été trop déçus qu’il ne la décroche pas avec tous ces pronostics en sa faveur ?  

S.C : Non. Non, pas tant que ça. Le Prix du Jury est une jolie récompense pour nous.  

Entretien dirigé et édité par Thomas Périllon
Remerciements : Suzanne Clément, Monica Donati, Cilia Gonzalez, MK2 Cinéma.
La fiche

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MOMMY
Réalisé par Xavier Dolan
Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément
Canada – Drame
Sortie en salles : 8 Octobre 2014
Durée : 119 min




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