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MASTER GARDENER

Narvel est un horticulteur dévoué aux jardins de la très raffinée Mme Haverhill. Mais lorsque son employeuse l’oblige à prendre sa petite-nièce Maya comme apprentie, le chaos s’installe, révélant ainsi les sombres secrets du passé de Narvel…

Critique du film

« Le jardinage est une croyance envers le futur. Le fait de croire que tout va se passer selon le plan initial. Que le changement viendra en temps voulu. » Paul Schrader oblige, la séquence d’ouverture de Master Gardener présente son protagoniste Narvel (Joel Edgerton) assis à son bureau, journal plus ou moins intime en main. Et toute l’ambiance oppressante du long-métrage ne tarde pas à se mettre en place. Tout est propre, millimétré, calculé. Et pourtant, de la floraison des plantes aux dialogues flagrants de fausseté entre Narvel et Mme Haverhill (Sigourney Weaver), chaque détail semble dégager une hypocrisie certaine. Mais Paul Schrader ne va ici pas mettre en scène un désespoir aussi intense que dans First Reformed ou The Card Counter. Master Gardener, après un début laissant penser que le cinéaste et scénariste repartait dans la même direction que ses deux précédents métrages, prend la direction inverse. Une conclusion intime et colorée de ce que beaucoup considèrent comme une trilogie, tant les points abordés se reflètent de film en film. 

Schrader mise ici sur un fort contraste de couleur pour attirer notre œil. Malgré la propreté et la richesse évidente de Mme Haverhill, la froideur de ses habits, de son regard et de son jardin donnent un aperçu de sa véritable nature. Et si Sigourney Weaver est en retrait par rapport à Joel Edgerton – dont l’aplomb a rarement été aussi marqué à l’écran – sa première rencontre avec sa nièce Maya nous rappelle tout le talent de l’actrice. L’interprète parvient à créer une immense tension sans miser sur les dialogues. Tout passe par ses gestes et son sourire narquois, rendant la propriétaire dépassée et ridicule encore moins appréciable. Son chien lui-même s’en aperçoit, préférant la compagnie d’un ancien néo-nazi en quête de rédemption à celle d’une bourgeoise ne cherchant même pas à dissimuler son racisme décomplexé. 

Le cinéaste a d’ailleurs décidé de retirer toute sympathie à ses personnages. Difficile d’apprécier l’irritante Maya ou l’ancien néo-nazi campé par Joel Edgerton. Ces derniers s’inscrivent pourtant parfaitement dans ce décor angoissant. Malgré tout, on aurait préféré plus de scènes aussi poignantes que celle de la voiture, à la créativité surprenante et au message d’espoir sincère. Dans cette atmosphère suffoquante, Paul Schrader est parvenu à guider ses personnages et ses spectateurs vers une lumière bienvenue, qui manquait à l’appel de ses précédents films. Mais le message de Master Gardener fonctionne tout de même. Peut-on se relever ? Peut-on s’affranchir de ses précédentes décisions ou des trajectoires de vie que nous avons subies ? L’omniprésence de verdure et de la couleur de l’espoir nous confirment que Paul Schrader en est persuadé. Le cinéaste conclut sa trilogie avec un message personnel : après des décennies à n’avoir cru qu’en l’obligation de perpétuer l’existence de la haine, le voilà qui nous affirme que le chemin vers la rédemption est possible, même dans les cas les plus extrêmes.

Bande-annonce

5 juillet 2023De Paul Schrader, avec Joel EdgertonSigourney Weaver