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IL PLEUT DANS LA MAISON

Sous un soleil caniculaire, Purdey, dix-sept ans, et son frère Makenzy, quinze ans, sont livrés à eux-mêmes et tentent de se débrouiller seuls. Alors que Purdey fait des ménages dans un complexe hôtelier, Makenzy se fait un peu d’argent en volant des touristes. Entre l’insouciance de l’adolescence et l’âpreté de la vie adulte, ils devront se soutenir l’un l’autre dans ce voyage d’une douceur déchirante, qui semble bien être le dernier été de leur jeunesse.

CRITIQUE DU FILM

Après un passage remarqué à la 62e Semaine de la critique où il a reçu le Prix French Touch du Jury, Il pleut dans la maison, premier long-métrage de fiction de Paloma Sermon-Daï est présenté en compétition du Champs-Elysées Film Festival. La cinéaste belge qui avait reçu le Magritte du meilleur documentaire en 2022 pour Petit Samedi dresse dans ce nouveau film le portrait, tout en nuances, d’une fratrie livrée à elle-même. Dans Il pleut dans la maison, les reflets dorés caniculaires se mêlent aux orages qui fragilisent un foyer déjà précaire. Au cœur de cet été doux-amer, Purdey et Makenzy doivent apprendre à grandir. 

Portrait d’une fratrie, entre tendresse et survie

Délaissés par leur mère, Purdey et Makenzy mènent leur vie d’adolescents tout en assumant les responsabilités quotidiennes : ils font les courses, la cuisine et tentent même de réparer leur fenêtre. Car en plus de l’absence de figure parentale, lors des soirs d’orages, il pleut littéralement dans leur maison. En choisissant un décor rural wallon, à la fois touristique et populaire, Paloma Sermon-Daï exploite parfaitement le contraste entre ces deux personnages qui refusent de subir leur condition et l’ennui propre aux longues vacances estivales. 

Au-delà de construire des personnages, Il pleut dans la maison immortalise le portrait d’une fratrie en figeant dans le temps ces moments complexes où l’on s’éloigne peu à peu de l’enfance. Avant d’être partenaires de jeu, Makenzy et Purdey sont réellement frère et soeur. Paloma Sermon-Daï a souhaité conserver les prénoms des acteurs, avec qui elle avait déjà collaboré pour son film de fin d’études Makenzy (2017), pour faire la part belle à la spontanéité au moment du tournage. Si la complicité et le soutien sans faille entre les deux protagonistes paraît si authentique, c’est donc parce que nous voyons un pan de leur véritable relation à l’écran. La réalisatrice affirme également avoir privilégié une grande liberté des acteurs lors du tournage avec un scénario d’une soixantaine de pages, laissant la place à de nombreuses improvisations. 

Il pleut dans la maison

Été désenchanté  

Il pleut dans la maison déjoue parfaitement les clichés auxquels il aurait pu être réduit. Dans le film, l’été belge n’est pas gris mais plutôt lumineux et caniculaire. Son titre résonne d’ailleurs comme une prévision météo ingénieuse lorsque l’on constate qu’il fait constamment beau, sauf dans la maison. Cette dernière, bien loin d’être un cocon familial, devient alors le symbole des tourments et des inquiétudes, alors que le monde extérieur baigne dans l’insouciance estivale. 

Si la sincérité des interprètes fait, en grande partie, le charme du récit, on prend aussi plaisir à observer les instants frivoles qui composent cet été adolescent : une baignade, des confidences, un vol de vélo. Mais finalement, les moments les plus fascinants du film restent ceux qui montrent l’ennui. À l’instar des personnages, on a parfois l’impression de tourner en rond et pourtant le récit ne s’essouffle jamais, rythmé notamment par la force d’esprit de Purdey, qui compte bien construire une vie meilleure pour son frère et pour elle-même.  Paloma Sermon-Daï a d’ailleurs déclaré, lors de la projection d’Il pleut dans la maison au Champs-Elysées Film Festival, être très inspirée par l’économie de narration chez la cinéaste américaine Kelly Reichardt. 

Avec Il pleut dans la maison, Paloma Sermon-Daï raconte la force, l’authenticité et le fragile équilibre d’un duo attachant qui ne cesse de se réinventer, dans un élan sublime de sincérité.


3 avril 2024De Paloma Sermon-Daï, avec Makenzy LombetPurdey LombetDonovan Nizet


Champs-Elysées Film FestivalSemaine de la Critique