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THE WICKER MAN

Le sergent de police Neil Howie est envoyé sur l’île de Summerisle, située dans l’archipel des Hébrides, au sud de la mer d’Écosse. Il est chargé de retrouver la trace de Rowan Morrison, une jeune fille portée disparue. Cependant, les habitants en viennent jusqu’à nier son existence, faisant piétiner l’enquête du policier. Protestant puritain, il découvre que Summerisle est le terrain de cultes étranges. En effet, l’ensemble de la population s’adonne à une sorte de néo-paganisme, qui semble impliquer des pratiques telles que la sexualité débridée (des adultes comme des enfants) ou le sacrifice rituel. Horrifié, Neil Howie comprend que ces rites païens sont même promus par le Lord local, dont les ancêtres ont mystérieusement réussi à faire apparaître une végétation tropicale sur l’île, en dépit du climat écossais…

Le Dieu d’osier

Le scénario du film a été écrit par le britannique Anthony Shaffer, auteur de la pièce Sleuth, qu’il réadapte au cinéma pour Mankiewicz en 1972 avec le film Le Limier. La même année, il signe également le scénario de Frenzy, l’avant-dernier film d’Alfred Hitchcock. Fort de ces deux grandes collaborations, Shaffer choisit pourtant de se tourner vers un jeune documentariste britannique alors inconnu du grand public, Robin Hardy. Ensemble, ils choisissent d’adapter (très librement) au cinéma le roman Ritual de David Pinner, sous le titre de The Wicker Man.

Passionnés par les rituels païens, Shaffer et Hardy se documentent abondamment sur le sujet, mêlant étroitement études historiques et anthropologiques pour nourrir et crédibiliser leur récit. De fait, The Wicker Man dégage une impression de naturalisme aussi remarquable que dérangeante. La mythologie païenne et ésotérique qu’ils représentent place la jouissance des corps au cœur de la vie des habitants de Summerisle : symboles phalliques omniprésents et même vénérés par des enfants, masques d’animaux, travestissements, remèdes et amulettes magiques, polythéisme obscur… De toutes ces pratiques émane un sentiment flottant de liberté joyeuse, tordu par une sereine et angoissante folie. Celle-ci est d’autant plus passionnante qu’elle s’ignore elle-même, et qu’elle n’est présentée qu’en comparaison au puritanisme chaste et austère du héros.

Jouissance païenne

D’un coup, les « valeurs » conservatrices sont mises à mal pour la jouissance païenne, que le héros n’appréhende que sous l’angle chrétien de la tentation. Sa fois est le seul repère  « morale » que nous propose le film par rapport aux pratiques païennes, et ce repère est lui-même annihilé à la fin du film, dans le feu chaotique du dieu d’osier. S’abolissant de l’autorité de Dieu, les habitants de l’île, sous la houlette de Lord Summerlisle (joué par un Christopher Lee habité, qui signe sans doute ici l’une de ses meilleures prestations), choisissent de danser autour du feu, afin de remercier « d’autres dieux », ceux qui récompensent, ceux qui daignent leur donner une réponse. Ce ne sont pas des sans-roi, car leur survie dépend de leurs propres dieux. Aussi, leur liberté n’est qu’apparente, se soumettant avec volupté à la violence des forces païennes.

The Wicker Man n’est ni un film nihiliste, ni un film conservateur : face à l’absence de Dieu, qui ne répond pas à l’appel de Neil Howie à la fin du film, l’humanité ne peut se faire une raison que dans la soumission à d’autres dieux. En faisant table rase du christianisme, Summerisle n’a fait qu’un simple retour en arrière, perpétuant ainsi la violence d’une humanité qui ne semble pouvoir se passer du divin. Aussi, toute contestation de la culture dominante porte déjà en elle ses propres limites, perpétuant sous une autre forme les valeurs qu’elle critiquait jusqu’alors.

Au travers de son psychédélisme, cauchemardesque dans le mesure où il s’incarne dans une représentation réaliste des rites néo-païens, The Wicker Man est un film profondément déstabilisant, à la fois apaisé et hystérique, doux et violent, sensuel et grotesque. Un film « culte » au sens premier du terme.


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