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JOURNAL DE CANNES 2024 | Jour 4 : Jacques Audiard et Renate Reinsve enflamment la Croisette !

Alors que Kinds of kindness était encore dans toutes les bouches, les festivaliers ayant encore du mal à se départager entre « coup de génie » et amère déception, la journée débutait pour Florent Boutet avec The Surfer de Lorcan Finnegan, « véritable bonbon de série B, qui joue à la fois dans le registre du film d’exploitation très marqué 70’s dès le générique et ses belles lettres jaunes, mais aussi dans la pure tradition du film australien, son étrangeté et ses codes si particuliers qui épousent tout entiers le territoire des antipodes« . Notre rédacteur salue aussi un « Nicolas Cage en majesté« .

Emma Stone Yorgos Lanthimos

La compétition pour la Palme se poursuivait ensuite dans le Grand Théâtre avec la projection de Caught by the tides de Jia Zhangke, qui « se revisite en moins de deux heures et démontre une nouvelle fois pourquoi il demeure la figure totémique de tout un cinéma d’auteur chinois, qui, dans son sillage, ne cesse de nous surprendre« .

C’est ensuite le très attendu mais aussi redouté Emilia Perez de Jacques Audiard qui avait les honneurs du Palais et une chose est certaine, le réalisateur d’Un prophète a su réveiller une compétition jusqu’alors ronronnante. « C’était sans doute le projet le plus casse-gueule de la terre » déclarait Antoine Rousseau qui saluait l’audace d’un tel geste cinématographique. « Une comédie musicale transgenre dans le milieu du cartel mexicain Et pourtant, l’alchimie fonctionne souvent grâce à un premier degré total et des comédiennes qui ne craignent pas le “too much”. Plus la soirée passait, plus l’excitation grandissait alors chez les journalistes qyu lui prédisaient déjà un destin palmé. Heureusement, certain.e.s sont là pour mesurer l’emballement disproportionné, comme le faisait avec humour notre consoeur Anaïs Bordages : « C’est fun et parfois même un peu touchant, mais l’enthousiasme légèrement démesuré souligne surtout la faiblesse de la compétition jusqu’ici. C’est pas une Palme d’or, et c’est pas si dément que ça, calmons-nous cinq minutes »

Selena Gomez

Du côté de Miramar, Julie keeps quiet a plongé les spectateurs dans le silence, saisi par ce drame intime suivant une jeune joueuse de tennis promis à un bel avenir mais empêchée par un lourd secret. « En épousant le point de vue de l’adolescente, le film de nourrit un véritable questionnement, autant sur les mécanismes de libération de la parole et de l’emprise, que sur les mesures de sensibilisation« . On ne serait pas surpris de retrouver le film au palmarès de la Semaine de la Critique, tant il résonne particulièrement en ces temps où d’importants progrès quant à la prévention et l’accompagnement des victimes de violences sexistes et sexuelles doivent être faits. 

À Debussy était présenté Armand, du Suédois Halfdan Ullmann Tøndel, marquait le grand retour de Renate Reinsve sur la Croisette, trois ans après son prix d’interprétation archi-mérité pour sa prestation dans Julie en 12 chapitres. Même si on ne doutait plus de son talent, elle impressionne dans le rôle de cette mère seule, convoquée à l’école pour discuter d’un incident impliquant son fils. Tour à tour fascinante, touchante et inquiétante, elle signe une performance éblouissante qui pourrait bien lui offrir un nouveau prix d’interprétation tant elle navigue sur tous les registres avec une aisance ahurissante.

Renate Reinsve

Le film, lui, soulève une question, presque une révolte : comment une telle proposition ne figure-t-elle pas en compétition, tant Halfdan Ullmann Tøndel impressionne par son audace et sa maitrise, soignant autant son dispositif que sa mise en scène pour proposer un huis-clos anxiogène bourré de fulgurances ? « Tøndel filme la lente implosion de ses persos (et, in fine, de son pays) dans un huis clos étouffant aux frontières du surnaturel où manipulations, tragédies et secrets se percutent dans un quasi-film de fantômes. Brillant et d’une beauté folle ! » s’enthousiasme notre confrère Alexandre Janowiak, qui rejoint le sentiment de la rédaction sur ce premier film épatant (critique à venir sur Le Bleu du Miroir).

À la Quinzaine, Une langue universelle explorait un « cinéma hybride et métissé, qui mélange les influences, les langues, le réel, un monde fictif baroque et improbable, Montréal et la communauté surréaliste de Winnipeg. Le résultat est à la fois troublant, déroutant mais aussi un peu brouillon, une usure certaine s’installant au sein meme du dispositif de mise en scène, trainant un peu en longueur dans sa démonstration qui finit par lasser » conclut Florent Boutet.

Claude Barras

Enfin, en séance spéciale « jeune public », Claude Barras présentait Sauvages, son nouveau film d’animation, huit ans après son mémorable Ma vie de Courgette. « Face à la déforestation galopante, qui détruit nos écosystèmes avec la complicité des politiques, les Sauvages ne sont pas ceux que l’on croit. Un récit d’apprentissage se saisit des enjeux actuels avec panache et humour. » Nous avons retrouvé le réalisateur pour un entretien à l’issue de la projection, que nous ne manquerons pas de publier ici très prochainement.




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