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BYE BYE TIBÉRIADE

Hiam Abbass a quitté son village palestinien pour réaliser son rêve de devenir actrice en Europe, laissant derrière elle sa mère, sa grand-mère et ses sept sœurs. Trente ans plus tard, sa fille Lina, réalisatrice, retourne avec elle sur les traces des lieux disparus et des mémoires dispersées de quatre générations de femmes palestiniennes. Véritable tissage d’images du présent et d’archives familiales et historiques, le film devient l’exploration de la transmission de mémoire, de lieux, de féminité, de résistance, dans la vie de femmes qui ont appris à tout quitter et à tout recommencer.

Critique du film

Après Leur Algérie, film consacré à ses grands-parents paternels, dont elle interrogeait le parcours alors qu’ils se séparaient après 60 ans de mariage, Lina Soualem s’attache avec Bye bye Tibériade à son ascendance maternelle. Entre rires et larmes, un film au féminin pluriel qui questionne les exils et resserre les liens familiaux.

Résilientes et résistantes

« Je suis née de ce départ, de cette rupture entre deux mondes ». À Paris, Hiam et Lina, mère et fille, ouvrent les boîtes d’archives. Les photographies convoquent les souvenirs. Une question après l’autre, peu à peu la pelote des souvenirs déroule le fil d’une histoire peuplée de femmes et de lieux. La réalisatrice croise les images et les époques, reconstitue la matière d’un héritage jusqu’ici passé sous silence. Avant Hiam, il y eut Neemat et encore avant Um Ali. De cette dernière, il ne reste que de rares photos. De Neemat, institutrice, les images sont plus nombreuses, à tous les âges. Toutes deux ont connu l’exode palestinien de 1948 et un veuvage précoce. Toutes deux ont fait preuve d’une admirable capacité de résilience pour traverser les épreuves de l’Histoire et de la vie.

BYE BYE TIBERIADE

Leur histoire, c’est celle du peuple palestinien, dont le tragique destin est conté en filigrane. Ce sont les camps syriens que la grande tante rejoint en 1978, condamnée à un départ sans retour – Hiam, grâce à son passeport français, réussira à lui rendre visite en 2003, sa revanche sur l’Histoire – c’est la mainmise israélienne sur le village de Deir Hanna où Hiam vient vider l’appartement familial après le décès de sa mère. Pourtant, Bye bye Tibériade est moins un film de colère que de lambeaux, que Lina Soualem entreprend de rapiécer pour redonner forme à la mémoire familiale, comme un prolongement et un hommage à la carrière de couturière de son arrière grand-mère.

Le film se nourrit du chevauchement des images et des mots. Hiam lit le texte fil rouge écrit par Lina qui exhume les poèmes adolescents et la correspondance de sa mère. Le texte permet de jointoyer les pièces du puzzle. Il y eu d’abord la rupture entre Hiam et sa famille. Hiam, éprise de liberté, dont les parents refusent de célébrer le mariage avec un anglais (comprendre, un non musulman). Puis la naissance de Lina changea la donne et Hiam renoua le dialogue avec sa famille. À peine au monde et déjà le destin de Lina était de rassembler. C’est au papa, Zinedine, que l’on doit les images familiales de l’époque. La carrière de la grande Hiam Abbass n’est plus à présenter. Une ou deux fois, devant la caméra de sa fille, on postule que la comédienne reprend le pouvoir mais c’est bien la femme qui accepte le principe du dévoilement biographique et livre ses émotions sans calcul. Neemat reprochait à sa fille de lui préférer son métier, Lina prouve qu’il peut, ce métier, non seulement rapprocher mais réunir quatre générations de femmes et les embobeliner dans un écrin de mémoire.

Bande-annonce

21 fevrier 2024 – De Lina Soualem




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