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DÉBORAH FRANÇOIS | Entretien

À la veille de la délibération du jury du Champs-Elysées Film Festival, dont elle fait partie cette année, nous avons rencontré la comédienne belge Déborah François, césarisée pour son rôle dans Le premier jour du reste de ta vie

Le Bleu Miroir : Ce festival se termine sous la pluie… Festival pluvieux, festival heureux ? Comment avez-vous abordé votre rôle de jurée et comment se déroulent les délibérations sous la présidence de Nicole Garcia et Alexandre Aja ?

Déborah François : Cela se passe très bien. Nous ne parlons pas en profondeur des films, de façon collective. Ce sera lundi soir. Nous ne voulons pas nous influencer mutuellement. Les ressentis sont parfois très différents, du fait de nos critères personnels. Sur huit films, nous devrions parvenir à un consensus sur un film ou deux en particulier.

Quel regard portez-vous sur le cinéma indépendant américain ? Avez-vous eu l’opportunité de franchir le pas ? 

D. F. : Moi, j’aime beaucoup ce cinéma. On ne le connait pas assez. Il mériterait d’être davantage mis en lumière. Tribeca ou Sundance permettent l’émergence de quelques cinéastes mais c’est insuffisant. Je n’aime pas tous les films de ce cinéma-là mais on constate qu’il y a toujours de la recherche, de la pulsation. C’est très créatif et, parfois, ce sont même de très jeunes réalisateurs.

Je n’ai pas forcément peur de rentrer dans le gras des rôles mais les américains, eux, passent un cap supérieur. J’aimerais tenter l’aventure mais il faudrait que je me renseigne : la drogue, l’alcoolisme… (rires). Bon, je n’ai plus 13 ans donc il me serait difficile d’interpréter une adolescente qui « part en live » (rires). Plus sérieusement, je pense que c’est un peu le reflet d’une partie de la société américaine, que je n’avais pas sentie devenir aussi trash. C’est ce qui ressort notamment par le biais de la sélection. 

Quel est votre meilleur souvenir de cinéma indépendant ?

D. F. : Ah, sans hésitation : Girls in America. Ce film m’a marquée, c’est tout ce que j’aime. Des acteurs bourrés d’énergie, extrêmement justes. Une réalisateur punchy, un sujet fouillé… C’est un film qui prend du temps à digérer. Je déteste ressortir d’un film avec l’impression qu’on m’a volé un morceau d’âme.

Avez-vous vu American Honey, prix du Jury de Cannes, qui correspond à ces critères ?

D. F. : Non mais je vais le rattraper. J’aime les films viscéraux, même s’ils sont clivants. Les films sur l’adolescence, ça peut parfois tourner à vide : un réalisateur qui se contente de raconter un souvenir, de le mettre en images sans jamais le transcender. Ça m’ennuie profondément. Ce n’est pas exclusif au cinéma américain d’ailleurs… Donc merci pour votre conseil ! 

Avez-vous déjà eu du mal à tourner la page après un rôle ou, a contrario, avez-vous eu besoin de plus de temps pour vous imprégner d’un personnage ?

D. F. : (Elle réfléchit) En général, je connecte avec chaque personnage. Pas forcément parce qu’il me ressemble. Cela peut aussi être un élément du scénario qui m’a accrochée. Je préfère jouer des personnages qui s’éloignent beaucoup de moi. Cela oblige à aller fouiller au fond de soi… Pour finalement réaliser que le personnage n’est pas tant éloigné de vous… C’est intéressant comme cheminement.   

Vous avez été révélée par les frères Dardenne… D’autres cinéastes belges vous feraient particulièrement envie en ce moment ?

D. F. : Je rêve de tourner avec Jaco Van Dormael. Il a une filmographie passionnante, mais j’ai un lien particulier avec Mr Nobody. Il fait partie de mes films préférés. Sinon, j’aimerais beaucoup travailler avec Bouli Lanners. Bouli, Jaco… Appelez-moi les gars ! 

Vous comptez plusieurs passages par le petit écran. Envisageriez-vous de tenir un rôle récurrent dans une série télévisée, la qualité des productions françaises étant très encourageante, même si cet engagement est chronophage ? 

D. F. : Complètement. Ce qui est intéressant est de prendre le temps pour développer un personnage. Je viens d’ailleurs de tourner une mini-série pour Arte (3×52) qui s’appellera Manon, 20 ans. C’est la suite de 3x Manon. J’interprèterai un personnage important qui arrive dans cette « deuxième saison ». 

Quels sont vos prochains projets imminents ?

D. F. : Une comédie de Jérôme Commandeur (Ma famille t’adore déjà), que je viens de tourner et qui sortira début novembre… Mais il y a aussi Cézanne et moi, de Daniele Thompson, avec Guillaume Gallienne et Guillaume Canet, qui est lui prévu pour le mois de septembre. Enfin, il y a un drame de Stéphanie Pillonca-Kervern, Fleur de Tonnerre, qui est une adaptation d’un roman sur la plus grande « serial killer » du 19e siècle. Une empoisonneuse, déséquilibrée, qui a fait plus d’une dizaine de victimes… Rôle intéressant, non ? 

Propos recueillis et édités par Thomas Périllon pour Le Bleu du Miroir. 
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Entretien réalisé à Paris, le 12 Juin 2016

Remerciements : Déborah François, Claire et Vanessa (CEFF).



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