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WHITE NOISE

À la fois drôle et terrifiant, flamboyant et absurde, banal et apocalyptique, White Noise brosse le portrait d’une famille américaine d’aujourd’hui. Tandis que parents et enfants tentent de gérer tant bien que mal les conflits du quotidien, ils explorent aussi les mystères universels de l’amour et de la mort – et se demandent comment faire pour être heureux dans un monde instable.

Critique du film

Adapter un auteur aussi singulier que Don Delillo est une gageure qui s’est enracinée dans l’esprit de Noah Baumbach en 2020 au moment des premiers confinements. Troisième film dévolu à la plateforme Netflix après The Meyerowitz Stories et A marriage story, White noise est composé d’un casting de standing avec le duo Adam Driver / Greta Gerwig en tête d’affiche, suivi d’une multitude de seconds rôles où émergent Don Cheadle et André Benjamin. La narration du film est des plus surprenantes, les thèmes se succèdent à une grande vitesse, dans une frénésie qui donne le tournis. Le ton alterne en permanence entre la comédie, le film d’horreur catastrophe et le drame plus classique hollywoodien où s’ancre cette famille recomposée.

Difficile de trouver une cohérence dans ce qui nous est proposé : la grandiloquence du personnage de Jack, professeur d’université respecté et adulé pour ses capacités d’orateur, s’évanouit pour laisser place à des sous-intrigues pour le moins loufoques. Dès que l’on croit avoir saisi le propos de White noise, celui-ci s’échappe dans un rire gras et fracassant, pour laisser le spectateur en proie au doute et à un nouveau commencement qui ne s’achève même pas une fois le mot « fin » déployé sur les dernières images du film, qui ne semble pas vouloir s’arrêter. Un des pans de l’histoire qui pourrait permettre d’avoir une porte d’entrée est celle de l’histoire familiale. En effet, chacun des époux a eu des enfants d’un premier mariage, ainsi qu’un petit garçon ensemble, et tous vivent dans un bouillonnement qui font décoller le rythme du film dès ses premiers instants.

Jack et Babette sont des portraits en faux-semblants qui miment une union idéale allant jusqu’à décider qui mourra le premier pour ne pas avoir à subir le deuil insurmontable qui leur est destiné. Le mystère lié à la médication secrète de Babette écorne ce tableau parfait et instille les premiers indices des vicissitudes à venir. Les couleurs chatoyantes et flashy du début, entrecoupées de scènes de discours hitlériens qui rappellent l’obsession toujours aussi présente de Delillo pour ce morceau d’Histoire, finissent par s’évanouir pour laisser place à ce qui pourrait ressembler à un film apocalyptique avec infection d’une population par un nuage radioactif. Mais Baumbach et Delillo ne se satisfont pas de ce tournant narratif et c’est enfin dans le film noir que bascule White noise, achevant de développer cette idée de mue permanente. Le film n’est plus qu’un millefeuille d’idées superposées dont Adam Driver devient la victime expiatoire.

Dès lors, on peut se demander si un tel projet, à la base littéraire, a vraiment sa place dans une adaptation cinématographique tenue et maîtrisée. Le ton caustique et faussement grave où perce une ironie omniprésente en devient même agaçant, et les fulgurances scénographiques à l’université qui consacre le grand professeur Jack Gladney sont enterrées sous tous ces sédiments de genre et histoires plus différents les uns que les autres. Le mariage de tous ces éléments finit par être indigeste et lourd, et ce n’est pas le saupoudrage de comédie musicale qui vient sauver le naufrage de ce « patchwork ». Le phénomène de production A24 couplé à Netflix accouche d’un film qui ne choisit jamais vraiment ce qu’il veut dire et raconter, oubliant de faire un film sur un roman déjà fort compliqué et abscons.

Bande-annonce

30 décembre 2022 (Netflix) – De Noah Baumbach, avec Greta Gerwig, Adam Driver et Don Cheadle.


Présenté en compétition à la 79ème Mostra de Venise.