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TEMPS MORT

Pour la première fois depuis plusieurs années, trois détenus se voient accorder une permission de 48 heures. Deux jours pour renouer avec leurs proches, deux jours loin des barreaux, deux jours pour goûter à la liberté. 

Critique du film

Pour son premier long-métrage de fiction, qui fait suite à son documentaire En bataille, portrait d’une directrice de prison, la réalisatrice Ève Duchemin s’intéresse de nouveau à la vie carcérale. Temps Mort dresse le portrait de trois hommes qui ont été privés de liberté. Grâce à une permission de deux jours, ils vont pouvoir y regoûter. L’un n’est plus en contact avec sa famille depuis une quinzaine d’années et doit signer un contrat de travail pour espérer obtenir sa libération définitive. L’autre est addict à l’alcool et aux médicaments, souffre de graves troubles mentaux et remarque, impuissant, que ses proches continuent d’évoluer sans lui. Le dernier ne peut plus regarder sa mère dans les yeux sans être pétrifié de honte. En présentant trois hommes aux histoires disjointes, Ève Duchemin élargit son spectre d’analyse et nous plonge dans l’intimité de détenus que rien ni personne ne semble pouvoir réparer.

Déjà jugés par la justice belge, les trois hommes ne le sont pas par la réalisatrice. Leur entourage les plaint, les regarde de haut, les exècre même parfois, mais la caméra ne le fait jamais. Leurs crimes passés ne sont quasiment pas explicités, seul le futur et la réparation comptent. Ces hommes au corps et à l’esprit aliénés ont, le temps d’un week-end, l’opportunité de redevenir eux-mêmes, de renouer avec leur vie passée. Une ultime tentative de réparer des liens distendus mais pas encore rompus et de goûter à la vie de l’autre côté des barreaux.

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À la recherche du temps perdu

Mais cette permission est en fait une funeste offrande. Ces deux jours se transforment en course contre-la-montre, que certains ne sauront pas gérer. Si quelques moments d’insouciance les éloignent de l’oppression des barreaux, tout leur rappelle leur retour imminent en prison : familles, amis, espaces clos et exigus. La cinéaste parvient à donner une ambiance pesante à son film, accentuée par sa structure narrative en trois temps.

Malheureusement, cette structure est aussi la principale faiblesse de l’œuvre. Temps Mort souffre de son rythme saccadé et perd son spectateur à plusieurs reprises. Les protagonistes se succèdent sans jamais se confronter, rendant difficile l’attachement aux personnages, pourtant sublimés par de splendides acteurs. La honte, le désespoir, les regrets et la perte de contrôle sont incarnés avec une justesse surprenante, presque palpable, mais ne sont pas suffisamment creusés. Isaka Sawadogo est si convaincant dans la peau de ce détenu brisé que l’on aurait espéré le voir encore plus pour s’y attacher davantage. Malgré tout, Ève Duchemin signe un premier long-métrage prometteur et nous annonce qu’il faudra compter sur sa présence dans le paysage cinématographique francophone pour les années à venir.

Bande-annonce

3 mai 2023 – D’Eve Duchemin, avec Karim LeklouIssaka SawadogoJarod Cousyns