Sorcerer

SORCERER

Quatre étrangers de nationalités différentes, chacun recherché dans son pays, s’associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine… Un voyage au coeur des ténèbres…

Rédemption filmique.

Les mots ont un sens. Alors n’allez pas dire à William Friedkin que Sorcerer est un remake du Salaire de la peur. « C’est comme avec Hamlet, il y a eu des milliers de mises en scène différentes, mais ce ne sont pas des remakes », expliquait le réalisateur américain lors d’une masterclass à Paris, à laquelle l’équipe du Bleu du miroir a eu la chance d’assister en juin. Sorcerer est une « nouvelle version » d’un thème éternel continuait Friedkin. À savoir : « L’idée que quatre hommes, étrangers les uns aux autres et qui se détestent, exploseront s’ils ne coopèrent pas ». Ce qui représente « une image du monde actuel. » Dit comme cela, on imagine bien les négociations entre Alexis Tsipras, les membres de l’Eurogroupe et le FMI comme une « nouvelle version » de Sorcerer.

Si le sujet du film, dans sa dimension métaphorique, demeure d’actualité, à l’époque de sa sortie, il figurait une autre explosion: celle de la manière d’envisager le cinéma. Sorti au même moment que Star Wars, qui atteint rapidement les cimes du succès intergalactique, Sorcerer a essuyé un échec à la taille de ses ambitions démesurées. Le Nouvel Hollywood vivait ses derniers soubresauts et les studios commençaient à ne plus avoir que le mot blockbuster à la bouche.

Longtemps invisible – ce qui a contribué à le nimber d’une aura mythique – Sorcerer ressuscite durant l’été 2015 grâce à une restauration et une ressortie sur les écrans français. Friedkin, qui renie le montage charcuté proposé dans les salles françaises à l’époque, le considère alors même comme sa première vraie sortie dans l’Hexagone. Paradoxalement, pour une œuvre qui revendique son aspect « artisanal » (au sens noble du terme) et son absence de CGI, c’est grâce à la restauration numérique que cette nouvelle vie est possible.

Les cinéphiles ne peuvent donc que se réjouir de (re)découvrir dans d’excellents conditions cette oeuvre monstre, dont les conditions de tournage ont atteint des dimensions dantesques (plusieurs membres de l’équipe ont failli y laisser leur peau, Friedkin y a attrapé la malaria…). Un enfer comparable à celui qui s’imprime, de manière organique, sur chaque plan de cette odyssée kamikaze vers une rédemption improbable. Œuvre à la moiteur angoissante, qui transpire le danger et exsude le désespoir résigné, Sorcerer se déploie aujourd’hui dans toute sa force, sans vaisseau spatial, mais avec un camion chargé de nitroglycérine, prêt à dynamiter la concurrence des machines à fric. Une explosion de joie cinéphage. Et, on l’espère, un happy-end pour un film longtemps qualifié (trop rapidement ?) de « maudit ».

La fiche

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SORCERER
Réalisé par William Friedkin
Avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal…
Etats-Unis – Thriller, Action
Sortie en salle : 15 Juillet 2015
Durée : 121 min

 




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