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PLEASE BABY PLEASE

Suze et Arthur sont les témoins d’un meurtre commis par un gang de blousons noirs. Tombés sous l’emprise de ces délinquants, ils vont remettre en question une sexualité longtemps réprimée. Arthur est particulièrement troublé par leur leader, un sosie androgyne de Marlon Brando.

CRITIQUE DU FILM

Après plusieurs films courts et son long-métrage Give Me Pitty non sorti en salle, Amanda Kramer propose une nouvelle expérience sur la plateforme Mubi, déjà qualifiée avant même sa sortie de “West Side Story Queer”. Avec Please baby please, la réalisatrice signe un film truffé de références et d’hommages, au rythme desquels évoluent ses protagonistes moins comme personnages au sens premier du terme, mais davantage comme personnifications d’identités à célébrer.

FREED FROM DESIRE

Incontestablement, Please Baby Please frappe et emporte par sa direction artistique très particulière, entre le « théâtre filmé » et une mise en scène empruntant fortement à l’ère des grandes comédies musicales des années 50. Si cette esthétique peut s’expliquer par le frugal budget du film, il s’en dégage une atmosphère d’autant plus bénéfique du côté “artisanal” de ces décors, plongeant totalement le spectateur dans la réalité à part du film.

Par un sens poussé d’un code couleur, Amanda Kramer retranscrit ainsi à l’écran la dualité des explorations sensorielles et sensuelles de ses deux personnages principaux. A contrario des attentes, hommage aux deux couleurs de la communauté transgenre, tandis que les teintes de bleu accompagnent la trajectoire flamboyante de Suze, les camaïeux de rose enveloppent le couple formé par Arthur et Teddy. Invitation à fondre les différentes perceptions des sens mobilisés en cinéma, son et vue s’entremêlent petit à petit pour filer la métaphore du désir et de l’exploration de soi moins comme un cheminement bien défini mais au contraire, un bouleversement renversant tout sur son passage.

Please baby please
Inspiré, Please Baby Please a la particularité d’être une oeuvre camp mobilisant un concentré d’influences larges, empruntant autant au classique de Robert Wise et Jerome Robbins qu’à la tradition du film noir. Les scènes dansées – en particulier la première et la dernière scène du film – envoûtent, captivent et racontent autant les personnages que ce qu’ils ressentent. Costumes et environnements, bien que largement inspirés de la mode des années 70, brouillent les pistes temporelles par leurs coupes et leurs couleurs, de même que par la façon dont les acteurs se muent dans les tissus.

Au centre du film, Andrea Riseborough et Harry Melling se jettent corps et âme dans leur performance, aussi incomparables soient-elles. Tandis qu’Arthur se laisse aller progressivement à explorer son désir, Suze y laisse libre court. La retenue de Melling contraste violemment avec l’animalité de Riseborough, fascinante au point d’en éclipser totalement les autres acteurs – en particulier Karl Glusman pourtant excellent dans les jeux de regards, et Demi Moore offrant davantage un cameo qu’une véritable présence dans le film.

Fougueux, irrévérencieux et sans limites apparentes, Please Baby Please est un film extrêmement généreux, qui s’inscrit dans une volonté radicale de secouer et de transgresser les règles de narration, au point parfois d’en perdre son spectateur. A considérer que cette perdition est justement recherchée par la réalisatrice, son film risque aussi de ne rencontrer qu’une partie de son public : celui qui acceptera dès les premiers plans de signer le contrat d’une expérience totale à part entière, reniant la nécessité d’un fil narratif pour exploser à chaque scène et délivrer un autre message.


 

LE 30 MARS 2023 SUR MUBI