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PETITE SOEUR

Lisa est une dramaturge allemande qui a abandonné ses ambitions artistiques pour suivre son mari en Suisse et se consacrer à sa famille. Lorsque son frère jumeau Sven, célèbre acteur de théâtre berlinois, tombe malade, Lisa remue ciel et terre pour le faire remonter sur scène. Cette intense relation fraternelle renvoie Lisa à ses aspirations profondes et ravive en elle son désir de créer, de se sentir vivante.

CRITIQUE DU FILM

Certaines histoires ne peuvent se raconter si bien que parce qu’elles sont racontées à deux.

Par deux réalisatrices d’abord, telles que Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, qui se connaissent depuis l’âge de onze ans, et dont la sensibilité d’écriture avait déjà pu se remarquer sur leur premier long métrage La Petite Chambre. Par deux acteurs ensuite, tels que Nina Hoss et Lars Eidinger, qui figurent parmi les artistes les plus reconnus outre-Rhin, indissociables de la célèbre Schaubühne am Lehniner Platz de Berlin, et dont la complicité remonte à leurs études d’arts dramatiques partagées non seulement dans la même école mais également la même promotion. Par deux personnages enfin, liés au-delà de leur gémellité par leur passion viscérale de leur art qui, bien plus que leur métier, est surtout leur seule raison de vivre.

Présenté pour la première fois en compétition officielle de la Berlinale 2020, et qui devait sortir dans les salles françaises le 10 mars 2021, Petite Sœur raconte le parcours bouleversant de Sven, acteur incontournable de la scène théâtrale berlinoise, qui subit de plein fouet les conséquences d’une leucémie invasive, et du soutien inconditionnel de sa sœur Lisa, revenue de Suisse où elle s’est expatriée avec ses enfants et son mari, directeur d’une de ces institutions scolaires d’élite qui font désormais partie intégrante du paysage helvétique.

NÉS SOUS LE SIGNE DES GÉMEAUX

Petite soeur
Plus que frère et sœur, Sven et Lisa sont jumeaux. Un lien profond et unique, qu’il est difficile de décrire par les mots dont d’ailleurs, ils n’ont pas besoin pour se comprendre.

Par des regards tendres ou des sourires entendus, la symbiose entre ces deux êtres ne se dément jamais d’un bout à l’autre du récit. Les deux acteurs principaux, par leur grand talent devant et leur lien étroit derrière la caméra, portent tout le film avec une authenticité désarmante, nous attachant inexorablement à ce tandem fraternel qui semble se battre seul contre tous – notamment en cherchant farouchement, voir même avec une certaine forme de défi aux dangers encourus, de permettre à Sven de monter une dernière fois sur les planches.

Fil conducteur qui touche au sublime à mesure qu’avance l’histoire, l’art de la scène est posé comme la seule et unique bouffée d’oxygène dont Sven mais aussi Lisa ont besoin. Lui qui ne joue plus depuis que la maladie le ronge un peu plus chaque jour, s’obstine à vouloir reprendre son rôle fétiche que lui refuse pourtant son metteur en scène et ami, de peur d’aggraver plus encore son état. Lorsque la décision tombe, elle frappe les jumeaux plus durement que n’importe quel couperet, et réveille enfin chez Lisa l’ardeur qui lui donnera non seulement la force d’accompagner Sven dans ses derniers instants, mais également celle de retrouver le chemin vers l’écriture, dont elle s’était par trop détournée.

MOURIR SUR SCÈNE, LÀ OÙ JE RENAIS

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« Un acteur ne se sent jamais plus vivant que lorsqu’il est sur scène ; si tu lui enlèves la scène, tu le tues plus sûrement que n’importe quelle maladie. » Ligne de dialogue centrale du film, elle résonne plus encore comme le cri du cœur de Lisa, qui depuis qu’elle vit dans la bulle aseptisée des expatriés de prestige, s’est totalement enterrée. Enchaînant les concessions au profit de l’ascension professionnelle et sociale de son conjoint, elle est devenue la spectatrice muselée d’une vie dans laquelle elle étouffe.

Aussi, à travers son combat pour son frère, c’est également le sien qu’elle mène : celui du retour à ce qui la fait vibrer et sa véritable façon de s’exprimer. Se portant mutuellement courage et sérénité, les dernières mesures du film se concluent par une œuvre que les jumeaux écriront à quatre mains, imaginée par Lisa et écrite pour Sven, inspirée du conte Hansel et Gretel – comme une dernière promenade qu’ils effectuent main dans la main, tandis qu’une cantate de Bach les enveloppe chacun dans leur lumière.

Porté par une performance d’acteurs remarquables de subtilité, véritable ode à la force créative, Petite Soeur signe une illustration aussi juste que poétique de ce que l’expression artistique et passionnée a de plus essentiel : le pouvoir de rythmer, retourner, et raviver nos existences.

Bande-annonce

2021 – De Véronique Reymond et Stéphanie Chuat, avec Nina Hoss, Lars Eidinger et Marthe Keller.


Bientôt au cinéma