Gaza 2

GAZA MON AMOUR

Issa, un pêcheur de soixante ans, est secrètement amoureux de Siham, une femme qui travaille comme couturière au marché. Il souhaite la demander en mariage. C’est alors qu’il découvre une statue antique du dieu Apollon dans son filet de pêche, qu’il décide de cacher chez lui. Quand les autorités locales apprennent l’existence de ce trésor embarrassant, les ennuis commencent pour Issa.

Critique du film

Gaza mon amour synthétise plusieurs éléments qui sont, dès leurs prémisses, pour le moins improbables : une zone du monde extrêmement troublée, où les populations sont dans la plus grande des difficultés pour créer un semblant de vie « normale », une histoire d’amour entre personnes ayant déjà beaucoup vécu, et la découverte d’un vestige grec qui a fait beaucoup parler et questionner sur son origine. Au carrefour de ces trois improbables éléments se noue une histoire simple, drôle et touchante, mise en scène par les frères Arab et Tarzan Nasser, jeunes cinéastes palestiniens de 32 ans, qui signent leur deuxième long-métrage après le très remarqué Dégradé présenté à la Semaine de la critique en 2015 avec une sortie en France l’année suivante.

Ce nouveau film bénéficie tout d’abord d’un excellent casting, d’où émerge la merveilleuse Hiam Abbass, star du petit comme du grand écran, qui illumine Gaza mon amour de son talent et de sa classe. Elle incarne Siham, une femme d’une soixantaine d’années, qui dénote dans une société très conservatrice où il est mal vu d’être célibataire et d’arpenter les marchés pour vendre ses talents de couturière. Vivant seule avec sa fille divorcée – autre blasphème impardonnable, celle-ci ne s’embarrasse ni de la rumeur ni de porter un voile qui la signale aux yeux de tous. Pourtant, Siham intéresse le vieil Issa, célibataire endurci malmené par sa sœur cadette, et qui cherche à le marier avec une femme choisie selon des critères qui ne conviennent pas au pêcheur amoureux. Salim Daw joue ce très beau personnage, parfait réceptacle de l’agent comique qui rend vite le film irrésistible dans sa combinaison de plusieurs éléments pourtant si différents.

Le film aurait pu soit très vite soit tourner en rond, soit être pesant et lassant dans une intrigue trop convenue ou ennuyeuse. C’est l’enchevêtrement des différentes intrigues qui dynamise l’histoire, truffée de surprises et de moments burlesques savoureux. La statue d’Apollon que découvre Issa dans ses filets est le point central de ces bouleversements narratifs qui polarisent tout le récit. C’est à cause de lui qu’Issa se retrouve en prison, harcelé par un commissaire de police véreux qui voit dans cette trouvaille une possibilité de faire du marché noir et de sortir d’un quotidien morne où l’argent et la distraction se font rares. Les scènes de prison sont parmi les plus drôles du film – on y voit un Issa en pyjama trainé en cellule, les cheveux hirsutes et mal fagoté, livrant des bijoux de moments comiques qui sont autant de diversions vis à vis des enjeux dramatiques du film.

Gaza mon amour
La statue est aussi une véritable histoire qui a fait couler beaucoup d’encre dans les journaux palestiniens et internationaux. Elle est devenue un enjeu majeur, une sorte de sceau de légitimité pour une nation à qui on refuse toute existence, ce que signale le film quand il rappelle à plusieurs reprises que les pêcheurs palestiniens ne peuvent pas se rendre à plus de cinq kilomètres de côtes. Elle devient également un élément comique à part entière quand Issa sectionne accidentellement le sexe d’Apollon, à la manière d’un Alcibiade ostracisé d’Athènes pour avoir mutilé de la même façon les statues d’Hermès pendant une cérémonie religieuse. Ces hommes se battent ainsi pour récupérer la verge en bronze du dieu, la statue devant être complète pour être vendue au prix fort. Le ridicule côtoie alors la comédie, signalant que cette histoire d’hommes – aucune femme n’est mêlée à ces scènes – tourne autour d’une virilité devenue enjeu financier.

Ces petites graines d’humour disséminées avec beaucoup de talent dans un découpage très réussi permettent de laisser en hors-champ tous les enjeux géo-politiques inhérents à ce territoire enclavé et très contrôlé par l’Etat d’Israël. Si nous sommes en Palestine, les auteurs ne nous plongent pas dans un récit où les événements seraient guidés par la politique, l’oppression ou la guerre. Le ciment de l’histoire est bien l’amour que porte Issa à Siham, décidant qu’il n’est pas trop vieux pour changer de vie et goûter aux joies de la vie de couple. Ce fil rouge contre carré par tout ce qui a été décrit et qui fait la richesse de l’intrigue, dévoile un épanouissement dans son final de toute beauté, poétique à souhait et gorgé d’espoir et de magie, avec un accent presque onirique. Cette belle conclusion est à l’image du film qui est une merveilleuse surprise, une comédie inattendue, belle et drôle à la fois.

Bande-annonce

6 octobre 2021 – De Arab et Tarzan Nasser
avec Hiam Abbass, Salim Daw et Maisa And Elhadi.