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LOVING HIGHSMITH

Un regard unique sur la vie de la célèbre autrice américaine Patricia Highsmith, d’après ses journaux intimes et ses carnets de notes, ainsi que les réflexions intimes de ses amantes, amis et famille. Se concentrant sur la quête d’amour de Highsmith et son identité troublée, le film jette un nouvel éclairage sur sa vie et son écriture.

Critique du film

L’adaptation cinématographique. A considérer qu’elle est pour un réalisateur la possibilité de revivre une histoire de papier à travers un corps fait de multiples images, il n’y a rien de surprenant à ce que les oeuvres de Patricia Highsmith, auteure notamment de Carol et du Talentueux Mr. Ripley, aient été autant portées à l’écran. En effet, la rencontre entre le septième art et celui de sa plume semblait toute écrite, elle qui trouvait son inspiration au plus profond d’elle-même, donnant chaque fois pour âme à ses personnages un morceau d’elle-même.

Récompensée en 2015 par le prix Soleure pour son premier documentaire Das Leben drehen – Wie mein Vater versuchte, das Glück festzuhalten (littéralement « Tourner la vie – Ou comment mon père a tenté d’immortaliser le bonheur »), la cinéaste suisse Eva Vitija continue avec Loving Highsmith sa déclaration d’amour à ceux qui lui ont fait aimer le cinéma. Après un hommage très personnel à son père, c’est à une auteure plus que significative pour l’histoire du grand écran qu’elle déclare sa flamme, Patricia Highsmith ayant vu presque tous ses romans adaptés – dont L’Inconnu du Nord-Express, mis en scène par Alfred Hitchcock. Bien plus qu’une mise en lumière d’une figure féminine de premier plan des années 50, Loving Highsmith se présente en effet – comme son titre l’indique – en déclaration d’amour: pour une femme, et celles qui auront partagé sa vie.

LA TALENTUEUSE MADEMOISELLE HIGHSMITH

Au delà de son admiration pour la romancière à succès, la réalisatrice aura tenté d’éviter soigneusement l’écueil d’un documentaire par trop linéaire, en se référant, pour point de départ, aux journaux intimes de l’auteure. Dans Loving Highsmith, il s’agit moins des faits de plume de l’écrivain, présentée comme une « maîtresse du polar » à son insu, mais bien de ses faits d’amour, que Vitija raconte par un prisme éminemment intimiste – et plus précisément de trois femmes qui auront marqué la vie sentimentale, et donc inspiré la plume de l’auteure.

Loving Highsmith

Incontestablement, ces confidences – qui par leur franchise, dépassent le statut de simples témoignages – de la part de ces trois amantes très différentes, et semblant avoir connu trois facettes bien distinctes de la personnalité de l’auteure, enveloppent Loving Highsmith d’une élégance particulière. Sans jamais verser dans le voyeurisme qui aurait, sous couvert de sincérité, pu prendre le projet au piège du mauvais goût, chaque anecdote dresse le portrait d’une femme affirmée, curieuse et libre.

Pourtant, bien que d’une richesse inespérée, le film n’échappe pas à quelques facilités regrettables de mise en scène. Dès que la voix, pourtant si suave et toute prédestinée à l’exercice, de Gwendoline Christie cite les passages des journaux intimes de la romancière, la sensualité de l’intime bascule dans une forme de convenance qui ne sied guère à une personnalité aussi peu ordinaire que celle de Patricia Highsmith. Elle qui voyait dans le personnage de Ripley son alter ego masculin, ou qui projetait dans Carol ses aspirations d’une vie amoureuse heureuse, perd en prestance par cette forme de narration très attendue et peu cinématographique.

« Je croyais aimer la romancière, je suis tombée amoureuse de la femme » avouait Eva Vitija lors d’une interview réalisée en avril 2022. A l’image de cet amour, exprimé avec beaucoup de candeur et quelques maladresses, Loving Highsmith permettra sans doute à ceux qui ne connaissaient pas la plume derrière l’image, de découvrir cette femme de lettres si particulière. Pour les autres, et ceux qui les rejoindront, ils pourront continuer de la déchiffrer encore et encore derrière les fossettes de Tom Ripley.

Bande-annonce

15 juin 2022 – De Eva Vitija
avec la voix de Gwendoline Christie