Love life

LOVE LIFE

Taeko vit avec son époux Jiro et son fils Keita en face de chez ses beaux-parents, qui n’ont jamais vraiment accepté ce mariage. Alors que Taeko découvre l’existence d’une ancienne fiancée de son mari, le père biologique de Keita refait surface suite à un événement inattendu. C’est le début d’un impitoyable jeu de chaises musicales, dont personne ne sortira indemne.

Critique du film

Après le réussi L’infirmière (2020) et la sortie de son diptyque Suis moi je te fuis, Fuis moi je te suis, Koji Fukada est déjà de retour avec son nouveau film intitulé très sobrement Love live. Ces deux mots illustrent parfaitement l’histoire développée par le réalisateur japonais, presque entièrement comprise entre quelques blocs d’un quartier urbain de son pays. Le territoire exigu qu’il filme : les petites pièces où vivent les membres de la famille de Taeko. Comme souvent chez Fukada, la première scène est installée avec soin, chaque personnage est présenté en détails et on en apprend beaucoup sur leur vie. Quand soudain intervient une rupture violente, qui force le spectateur à composer avec un nouvel axe d’écriture, plus chaotique mais aussi matrice de rebondissements savoureux. Ici, c’est un drame qui pousse Taeko et son mari Jiro dans de nouvelles directions.

Le couple voit son équilibre complètement disparaître, chacun voyant ressurgir un amant du passé, un élément central de leur vie d’avant leur rencontre. Si, pour Jiro, cela semble plus anecdotique qu’autre chose, une ancienne amoureuse éconduite qu’il revoit et courtise de nouveau sans grande conviction, pour Taeko, la gravité est tout autre. Le deuil qui la frappe, que nous ne nommerons pas ici, lui fait renouer un lien avec son premier mari qui l’avait abandonnée du jour au lendemain il y a plusieurs années. Cet homme étrange, avec qui elle communique par le langage des signes à cause de sa surdité, la bouleverse de nouveau. Elle se sent responsable de lui, étant une des seules à pouvoir communiquer avec lui, mais surtout il est un pont fondamental avec son passé. Grâce à lui, elle surmonte ce moment difficile, dans des scènes d’une grande douceur où il ne se passe pas grand chose, mais où l’intensité de leurs rapports apparait comme des dialogues non formulés.

Love life
Ce moment est aussi celui où Taeko peut s’évader de l’étouffement qui la gagnait autour de sa belle-famille qui n’avait jamais accepté que leur fils unique épouse une mère célibataire. On retrouve cette ambiance typiquement japonaise où les rapports entre les générations sont tendus et où les plus jeunes sont très inféodés à leurs aînés, dans une culpabilité et une violence sous-jacente toujours aussi prégnante. Si la modernité est partout à l’écran, dans les moindres détails de la vie quotidienne des personnages, il y a quelque chose du Japon ancien dans leurs rapports intimes où la fidélité aux anciens est presque plus importante que celle qui peut exister entre les époux. Dans Love life, on vagabonde, on s’abandonne à des évasions temporaires, jusqu’en Corée s’il le faut pour aider ce premier mari fantasque qui recèle beaucoup de surprises tapies au creux de ses mensonges.

Ce qui marque également, c’est le peu de chaleur humaine qui se dégage de toutes ces scènes pourtant familiales. Dans l’affliction et le drame, il n’y a aucune manifestation d’affection, peu d’égards accordés à ceux et celles qui souffrent le plus. Il est éloquent que le moment le plus tendre du film soit transmis par un chatteur anonyme jouant à un jeu en ligne qu’affectionnait le petit garçon de Taeko. C’est dans cette toute fin d’histoire qu’enfin un être humain, caché loin derrière son écran, révèle enfin un soupçon de compassion qui avait été jusque là dissimulée sous les masques de la bienséance de la société japonaise.

Love life possède malgré tout une portée universelle dans sa volonté d’explorer les chemins qui mène à la rédemption, s’amusant des petits hasards de l’existence et des bégaiements de nos itinéraires amoureux qui sont autant des instants de confusion que des jolies séquences de comédie, notamment entre Taeko et son premier mari, qui se montre être à la fois un monstre d’égocentrisme, comme un sage prodigieux qui en quelques mots fait se dégager tous les nuages accumulés au-dessus de la tête de son ex-femme. La beauté et la simplicité de ce message font de Love life une très jolie histoire, au charme indéniable.


Prochainement – De Kôji Fukada, avec Kento Nagayama, Fumino Kimura et Atom Sunada.


Présenté en compétition à la 79ème Mostra de Venise.