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DOULEUR ET GLOIRE

La fiche

Réalisé par Pedro Almodovar Avec Antonio Banderas, Penelope Cruz…
Espagne Comédie dramatique – Sortie : 17 mai 2019 – Durée : 112mn

Synopsis : Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

La critique du film

On vous avoue qu’on a a d’abord eu très peu à la lecture du pitch et après le visionnage de la bande-annonce de Douleur et gloire. Almodovar n’est jamais aussi bon que quand il sait mettre en scène la folie et le meurtre (toujours liés chez lui à la question du désir, comme dans Talons aiguilles), les tourments familiaux ou quand il dresse en creux un portrait sans concession de l’Espagne passée et actuelle, que ce soit avec Les amants passagers ou La mauvaise éducation. En revanche, lorsqu’il s’engage sur la voie délicate de l’autobiographie, la ligne de crête est très étroite entre le chef-d’oeuvre (La mauvaise éducation) et le naufrage narcissique et vain (Étreintes brisées).

Pas de gloire sans douleur

Loin d’être la complainte nombriliste qu’on pouvait craindre, Douleur et gloire s’avère être au contraire une réflexion tendre-amère, doucement mélancolique, sur le temps qui passe, la peur de vieillir, les opportunités ratées. Antonio Banderas, acteur-fétiche du Almodovar période Movida, y incarne Salvador Mallo, un cinéaste, sorte de double du réalisateur en pleine errance, cumulant panne d’inspiration et crise existentielle. La première scène le montre en apnée dans sa piscine, comme en apesanteur, comme s’il se demandait s’il allait vivre ou mourir. « Si tu n’écris pas et ne tourne pas, qu’est-ce que tu vas faire ? » lui demande une de ses amies actrices quand il la rencontre au début du film. « Je ne sais pas. Vivre, peut-être. », répond un Antonio Banderas excellent en homosexuel vieillissant et hagard, loin des rôles de macho qui lui ont assuré une renommée internationale dans les blockbusters hollywoodiens.

Migraines, lombalgies, douleurs diverses et variées semblent n’être que des variations d’un mal plus profond, comme cela est expliqué avec un certain humour noir au début du film : la dépression et l’angoisse de vivre. La restauration d’un de ses vieux films est l’occasion, une chose en entraînant une autre, de renouer avec de vieilles connaissances et amants mais aussi de développer une addiction tardive pour les stupéfiants – accident de parcours nécessaire dans la longue remontée à la surface du réalisateur. Tous, amis, acteurs et amants, sont des doubles d’Almodovar, des balises dans son parcours au sein d’une incroyable mise en abîme : le point d’orgue étant ce moment où l’ancien acteur fétiche de Salvador joue le propre rôle du réalisateur sur scène pour y raconter son rapport douloureux à la drogue, sous le regard de l’ancien amant du cinéaste.

Premiers et derniers désirs

Cette crise existentielle est ponctuée de flashbacks sur l’enfance misérable du héros, période d’éveil au désir et au cinéma, avec comme pilier la figure centrale chez Almodovar de la mère, incarnée avec brio par une autre égérie almodovarienne, Penelope Cruz, laquelle ressemble furieusement à une des actrices des années 50 qui ont probablement ponctué la jeunesse d’Almodovar. Comme dans d’autres films du réalisateur, La Fleur de mon secret par exemple, c’est en retrouvant le chemin de l’enfance que le héros parvient à surmonter son mal-être : en l’occurrence, la maison d’enfance, une cave troglodyte aux murs blancs, sorte de « labyrinthe des passions » qui est le lieu des premiers désirs, à la fois sexuels et artistiques.

On retrouve avec ce nouvel opus le goût d’Almodovar pour les tableaux vivants, les couleurs vives et chatoyantes, mais poussées à un certain degré de maturité, loin des tons criards des premiers films. Certains éléments de sa biographie parsèment Douleur et gloire comme ils parsemaient ces précédents films, que ce soit l’amour en fuite face à la drogue (Parle avec elle) ou les émois d’enfant (La mauvaise éducation).

Sans pathos, avec beaucoup de justesse, Almodovar réussit à décrire la traversée du désert et le lent retour à la vie d’un homme en butte à ses démons familiaux, professionnels, amoureux. Douleur et gloire marque un tournant, un aboutissement dans la carrière du réalisateur espagnol qui, après avoir délaissé les fanfreluches flamboyantes de ses films de jeunesse, s’aventure avec délicatesse sur le chemin de l’intime.



La bande-annonce

En compétition à Cannes 2019 // Au cinéma le 17 mai