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COW

Un portrait du quotidien de deux vaches d’une exploitation agricole.

Critique du film

En parallèle de son rôle de présidente du jury Un Certain Regard, Andréa Arnold présentait également son nouveau long-métrage, cinq ans après le sublime American Honey, un film documentaire quasi-muet sobrement intitulé Cow. De quoi surprendre celles et ceux qui suivent le travail de la réalisatrice de Fish tank, son cinéma s’affirmant de plus en plus formellement depuis le somptueux Les hauts de hurlevent.

Les premières images donnent rapidement le ton. En plan serré, on découvre le vêlage d’une « vache laitière » prénommée Luma, avec l’assistance de deux fermiers qui agrippent le jeune veau par les pattes pour sa venue au monde, dans des conditions que l’on qualifiera de brutales. La mère et son nouveau-né ont à peine le temps de tisser un lien qu’ils sont séparés pour que la vache arpente le labyrinthe métallique la conduisant aux machines à traire. Déjà, le glauque se dessine dans un moment de grâce naturel où l’humain intervient à des fins agro-alimentaires. Et la pauvre Luma n’a plus que ses meuglements pour faire entendre son chagrin d’avoir été séparée aussi brutalement de sa progéniture, embarquée elle aussi dans un cruel processus d’isolement.

Le beau et le lait

Un temps, Andréa Arnold suit le sort des deux bêtes séparées, et sa narration transforme ses protagonistes bovins en tragiques figures de cinéma. Cow créé inévitablement l’empathie, sans voix-off, et, en cantonnant les fermiers à de simples présences manuelles et verbales (ils nourrissent, ils séparent, ils donnent des ordres), immerge le spectateur dans l’existence peu enviable de Luma et ses congénères. Les quelques moments de tendresse entre un veau et sa mère, un moment de séduction entre le taureau et sa conquête qu’il ne tardera pas de saillir, ainsi que les rares excursions dans le pré deviennent des bouffées de respiration tant pour ces belles bêtes que pour le spectateur qui sort enfin de l’enfer de cet hangar inhumain.

Car derrière la beauté de l’innocence et de la nature se cache l’horreur de l’exploitation animale. Une chose est sûre, Andrea Arnold n’a rien perdu de sa voix. Au contraire, avec Cow, elle signe un manifeste visant à secouer les consciences en donnant à voir l’envers du décor, en plaçant l’homme de l’autre côté, du point de vue de la vache, et en déconstruisant une idée reçue collective selon laquelle les vaches produiraient naturellement du lait. La puissance de l’industrie agro-alimentaire étant ce qu’elle est, on a trop vite fait d’oublier que les mammifères ne produisent de lait que pour nourrir leur enfant. Ainsi, les agriculteurs fécondent régulièrement leurs vaches pour que celles-ci soient systématiquement enceintes. Une fois le veau mis au monde, celle-ci est isolée de son petit, et elle repart dans le dédale pour participer à la séance de traite automatisée.

Avec Cow, Andrea Arnold est bien consciente que sa proposition cinématographique ne manquera pas de diviser. Pourtant, elle signe assurément l’un des films marquants de ce début de festival avec ce documentaire aussi poétique qu’horrifiant, mêlant le beau à l’effroi.

Bande-annonce

(à venir)

2021 – Réalisé par Andréa Arnold

Première // #Cannes2021