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SÉLECTION | Les films à découvrir en 2024 | partie 2

Dans cette deuxième partie, on va retrouver à la fois des films datés, très souvent encore une fois dans le premier semestre, et d’autres dont le devenir de la production n’est pas encore certain. Il peut ainsi subsister un flou sur la sortie en 2024 de ce propositions, mais la joie de la prospective est belle et bien là.

Pensionnaire de la compétition berlinoise de 2023, Tótem de Lila Avilès n’a pas encore eu la chance d’une sortie française, mais cela devrait se préciser d’ici quelques semaines, avec une issue prévue au printemps par le distributeur. Histoire très propre à la culture mexicaine, Tótem suit une enfant retournant dans la maison de ses grand-parents pour voir son père, mourant, dans ce qui est presque un film de fantômes tant la force des non-dits et l’énergie des lieux hantent le plan. Ce qui ressort est une très belle émotion, notamment grâce à ce choix de mise en scène de filmer à la hauteur de cette enfant, épousant ses peurs et appréhensions. L’esprit familial fut très présent dans le tournage, surnageant jusqu’à une conférence de presse berlinoise où les larmes coulèrent, témoins de tout ce qui avait pu se jouer entre techniciens, acteurs et actrices, le temps de quelques semaines.

Tótem de Lila Avilès

Cette nouvelle année devrait permettre de retrouver très vite Kirill Serebrennikov, désormais résidant allemand, empêché dans ses mouvements et son art par le gouvernement russe qui l’avait assigné à résidence. Son nouveau projet est une adaptation de La Disparition de Josef Mengele écrit par Olivier Guez, qui s’était vu décerner le prix Renaudot en 2017. Le roman narrait la fuite du savant nazi en Amérique du sud après la Seconde Guerre mondiale, loin de la justice internationale qui le pourchassait pour ses crimes contre l’humanité. L’excellent August Diehl, vu notamment chez Tarantino (Les 8 salopards), Arthur Harari (Diamant noir) ou Terrence Malick (Une vie cachée), joue le lugubre docteur.

Limonov, Ballad of Eddie, de Kirill Serebrennikov

Au préalable, Serebrennikov avait également bouclé le tournage d’une autre adaptation littéraire de renom, le Limonov d’Emmanuel Carrère, publié en 2011. Vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires, le livre raconte sous forme journalistique la vie de l’écrivain et homme politique russe Edouard Limonov. A noter que le film est co-écrit par Ben Hopkins (Simon le magicien), Pawel Pawlikowski (Ida, Cold War) et Serebrennikov. Ces deux nouveaux films, tous les deux en post-production, vont très certainement faire les beaux jours des grands festivals internationaux, avant de sortir officiellement en salle. Ils consacrent en tout cas la créativité particulièrement féconde de l’auteur de la Fièvre de Petrov.


Grand prix de la dernière Mostra de Venise, Le mal n’existe pas de Ryusuke Hamaguchi va permettre de prolonger l’amour du public pour l’oeuvre du réalisateur japonais en 2024. Il dépeint les conséquences écologiques d’un programme de développement touristique dans une commune de campagne où vivent un père et sa fille, les protagonistes principaux du film. Cette nouvelle fiction consacre ce réalisateur de 44 ans, désormais primé dans les trois plus grands festivals européens. Comme dans tous les films précédents de l’auteur de Drive my car, il faut s’attendre à des performances d’acteurs magnifiées par la qualité d’une écriture qui passe beaucoup par ses dialogues. Cette science des mots en fait l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération qu’il est un plaisir de suivre dans une filmographie déjà très impressionnante.


C’est peu dire que Richard Linklater est un cinéaste fétiche du Bleu du miroir. À 63 ans, il continue d’écrire une œuvre passionnante qui ne cesse de surprendre tant il arrive encore à entretenir l’enthousiasme entourant chaque nouveau projet. Hit man, lui aussi présenté en Première à la dernière Mostra, ne fait pas exception. L’histoire se déroule à Houston, Texas, l’Etat où est né et réside le réalisateur, mettant en scène une romance naissante entre un policier et une femme rencontrée pendant une enquête. Linklater réunit un casting inédit où l’on retrouve Glen Powell, déjà vu dans Everybody wants some !, film précédent de l’auteur, sorti en 2016. Entre romance et thriller, le film promet de beaux moments dont Linklater est un maître, dans cet infime espace qui sépare les personnages, encapsulant la magie qui s’y trouve logée.

Resurrection de Bi Gan

Un autre événement devrait être la sortie du troisième long-métrage du réalisateur chinois Bi Gan, qui nous avait enthousiasmé avec Kaili Blues en 2015, dans une veine proche à la fois du taiwanais Hou Hsiao Hsien, mais aussi d’Apichatpong Weerasethakul. La confirmation de ce talent était venue en 2019 avec la sortie d’Un grand voyage vers la nuit, et ses séquences de 3D intra-diégétiques époustouflantes. Résurrection s’inscrit dans cette veine d’expérimentation, autour d’une histoire où l’on retrouve Shu Qi (Millenium Mambo), piégée dans une dimension parallèle après un accident lors d’une intervention chirurgicale.  Décalée et emprunte de science-fiction audacieuse, cette nouvelle histoire arrive à créer une grande attente par son résumé concis, et par la présence de cette grande actrice qu’est Shu Qi, beaucoup trop rare sur grand écran.

Mickey 17 de Bong Joonho

Toujours en Extrême-Orient, on retrouve Bong Joonho, après son succès gigantesque reçu pour Parasite, Palme d’or et Oscar du meilleur film. Mickey 17 est un film en langue anglaise où Robert Pattinson tient le premier rôle, celui d’un homme dont la conscience est transférée dans un nouveau corps à chaque décès, afin de réussir à terminer un voyage spatial particulièrement long. Ce résumé typique de beaucoup de récit de science-fiction sonne le retour du réalisateur coréen sur le continent américain, également dans le giron du fantastique où il s’était déjà aventuré à plusieurs reprises, notamment en 2013 pour Le Transperceneige.

Civil war d’Alex Garland

On ne quitte pas la science-fiction, et ici l’uchronie, avec Civil war d’Alex Garland, connu pour ses films précédents, Ex Machina (2014), Annihilation (2019) et Men (2022). C’est une forme de fin de l’Amérique dans un monde pré-apocalyptique que raconte l’auteur, autour d’une Kirsten Dunst qui retrouve un grand premier rôle pour la première fois depuis de nombreuses années. Elle y joue une journaliste sillonnant le territoire étasunien pour recueillir ses derniers soubresauts d’une unité nationale se délitant à toute vitesse. Thriller à grand spectacle, Civil war est une promesse de film grand public de qualité, phénomène on ne peut plus rare.

Drift d’Anthony Chen

Après nous avoir enchanté avec son excellent Un hiver à Yanji il y a quelques semaines, Anthony Chen a déjà un nouveau film prêt à sortir, présenté l’an passé au festival de Sundance. Drift raconte l’histoire d’une femme survivant tant bien que mal sur le littoral grec, après avoir fuit le Libéria et une guerre civile sanguinaire. Si le territoire est différent, on y retrouve cet amour du réalisateur singapourien pour les personnages différents, en quête perpétuelle d’un chemin du retour vers une maison perdue, un Éden à jamais arraché. Le désir de cinéma de l’auteur d’Ilo Ilo, Caméra d’or du festival de Cannes en 2013, a été décuplé par la récente crise sanitaire, générant un besoin de nouvelles histoires qui se traduit par un rythme beaucoup plus soutenu.

Only the river flows de Wei Shujun

Présenté à Cannes en 2023 en sélection officielle, Only the river flows est un autre exemple de la grande vitalité du jeune cinéma chinois, porté ici par Wei Shujun, passionnant nouvel auteur de cette région d’Asie. Il met en scène un policier d’une province reculée enquêtant dans le milieu des années 1990 sur des crimes inexpliqués. Très référencé et doté d’une image magnifique, le film a été monté par Matthieu Laclau, monteur de Jia Zhangke expatrié à Taiwan depuis une décennie. Noir et légèrement teinté de fantastique, Only the river flows devrait sortir lui aussi au premier semestre 2024.

O Corno de Jaione Camborda

Comme chaque année, les festivals de Locarno et San Sebastian réussissent à dénicher des pépites inattendues, sous les radars des autres grands festivals internationaux. C’était le cas l’an passé avec Los Reyes del mundo (Laura Mora), et Règle 34 (Julia Murat), tous deux d’une grande audace thématique et visuelle, et cela semble encore être le cas avec O Corno et Critical Zone. Le premier est l’oeuvre de Jaione Camborda, en provenance d’une Espagne toujours plus dynamique, mettant en scène une histoire située à la fin de la période franquiste, en 1971. Daté au 27 mars, le film raconte l’histoire de femmes se rendant au Portugal pour fuir l’oppression de la dictature, dans des contextes douloureux.

Critical Zone d’Ali Ahmadzadeh

Critical Zone nous emmène quant à lui en Iran, dans les bas-fonds de Téhéran, au contact de ce monde du trafic de drogue où glisse le personnage principal. Entre onirisme et description d’une réalité sociale particulièrement sensible en Iran, le film est une nouvelle facette du cinéma de ce pays qui ne cesse de révéler de nouveaux talents, malgré une répression qui a vu emprisonner ses plus grands noms ces dernières années, à l’instar de Jafar Panahi ou Mohammad Rasoulof.

Megalopolis de Francis Ford Coppola

Pour boucler ce tour d’horizon, forcément parcellaire où chacun pourra ajouter ses envies, on ne peut céder à la tentation de citer l’espoir de la sortie en 2024 du nouveau film de Francis Ford Coppola, Megalopolis. Doté d’un casting de grande qualité où l’on retrouve Adam Driver, Forest Whitaker et Nathalie Emmanuel, Megalopolis draine déjà ses propres légendes noires, comme Apocalypse now en son temps, et notamment des rumeurs de tournage chaotique, et un lot de potentiels scandales forçant l’arrêt de la production. Pourtant le film est vanté par ses acteurs, serait doté d’une technologie révolutionnaire, et serait toujours en finition aux heures où nous écrivons. À 85 ans, douze ans après Twixt, son dernier film, il serait presque inespéré de retrouver le génie doublement palmé à Cannes avec Conversation secrète (1973) et Apocalypse now (1979), autour d’un projet fantastique, situé à New-York autour de l’idée d’utopie.




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