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JOURNAL DE CANNES 2024 | Jour 5 : les festivaliers sous substances

Après le coup de folie de Jacques Audiard, qui a réveillé la Croisette avec sa comédie musicale kitsch sur fond de transition de genre et de cartel mexicain, et alors que Cate Blanchett illuminait les couloirs du palais pour la conférence de presse de Rumours, la compétition reprenait avec Limonov, la ballade de Kirill Serebrennikov. À nouveau présent en personne et désormais exilé, le cinéaste russe n’a pas déçu les adeptes de son cinéma puissant et radical, à l’image de Florent Boutet qui y a vu « son œuvre la plus ample, la plus polémique aussi par la tentation d’assimiler ce portrait à ce qu’il est lui-même à ce moment de sa vie. »

Du côté de Debussy, c’est un film japonais absolument charmant qui était présenté à Un Certain Regard, My sunshine. Héritier de Kore-eda, Hiroshi Okuyama signe un conte hivernal profondément attachant qu’il teinte de quelques regrets dans son segment final. L’accueil a été très chaleureux pour la plus jeune équipe de ce 77e festival, en larmes à l’issue de la séance, achevant d’attendrir les spectateurs de ce beau film dont la sortie est (parfaitement) prévue pour Noël par son distributeur.

Toujours à Un Certain Regard, Laetitia Dosch présentait Le procès du chien, un joli premier film un peu naïf qui « tient surtout par son humour, son aspect décalé et le joli casting qui porte le projet » selon Florent Boutet, avant de filer à la Quinzaine où était présenté le beau et touchant Eephus, qui retrace la dernière journée d’un terrain de baseball et ses deux équipes résidentes de l’aube au crépuscule. « C’est très bien fait, resserré sur les personnages et la simplicité du partage autour d’un jeu, dans une ambiance typiquement étasunienne. » Dans la section Cannes Premières, Thierry Frémaux avait invité Emmanuel Courcol, quatre ans après Un triomphe. Avec En fanfare, qui a vu sa projection se terminer sur un mini-concert de l’harmonie originelle du film, il signe une comédie récréative portée par le capital sympathie que suscite le tandem Benjamin Lavernhe / Pierre Lottin. Le cinéphile Pierig L. y a vu une « une comédie réussie, sans morale lourdingue, drôle et touchante », où « tout fonctionne plutôt bien dans cette histoire de fratrie retrouvée, d’oreille parfaite et de lutte ouvrière« .

Margaret Qualley et Demi moore

La journée s’est terminée par une projection haute en couleurs (et en hémoglobine). Coralie Fargeat présentait son deuxième long-métrage, The Substance, un film trivial et tapageur qui lorgne autant du côté du body-horror que de la provoc gratuite à la Ruben Östlund. Si on saluera les prestations de Demi Moore et Margaret Qualley, on a tout de même bien du mal à comprendre ce qu’une telle production vient faire en compétition, alors qu’elle aurait certainement trouvé une place plus légitime en Séance de Minuit. Pourtant, comme possédés par une hystérie collective, une bonne partie des festivaliers semblent avoir pris son pied, à en croire l’ambiance digne des plus mythiques séances de Nanarland qui régnait dans la salle, hilare et euphorique pendant et à l’issue du film.

Alors que la compétition ronronnait passablement, la réalisatrice du déjà médiocre Revenge a mis un coup de botte dans la fourmilière avec son long-métrage outrancier qui repousse constamment les curseurs de la provocation graphique. Si une majorité de la critique encense cette proposition foutraque, notre confrère Alexis Roux tempère : « Intéressant et rigoureusement mis en scène, le film de Coralie Fargeat l’est pendant une heure (environ). Puis c’est la grosse foire à la saucisse, supplément redondance et stabilo thématique, sans comprendre les travers de son imagerie. » Comme l’auteur de ces lignes, Florent Boutet a encore moins goûté ce qu’il qualifie « d’orgie de sang au propos minimaliste et grossier« , ne comprenant pas l’enthousiasme général devant cette « coquille vide longue et insupportable« .




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