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TYRANNOSAUR

Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage. Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.

Noir c’est noir

Il existe des œuvres difficiles à regarder ou à entendre. Par leurs thèmes, leurs ambiances lourdes et pesantes ou les violences psychologiques et physiques qui y sont parfois abordées, ces productions nous secouent et nous bouleversent jusqu’au bord de l’insoutenable. Chaque spectateur a ses limites. La question qui se pose est alors celle-ci : est-ce bien nécessaire d’en arriver là ?

Tyrannosaur fait partie de ces œuvres-là. Si Paddy Considine est surtout connu pour être le flic moustachu arrogant de Hot Fuzz, il est plutôt de la trempe d’un Alan Clarke ou d’un Shane Meadows (This is England) derrière la caméra – qui l’a d’ailleurs dirigé dans Dead Man’s Shoes. Une caméra pointée sur une Angleterre post-Thatcher grise, désorientée et violente, peu importe le milieu social. Ici, peu de rayons de soleil ou de moments de légèreté ; pendant ses 90 minutes, la noirceur de Tyrannosaur prend à la gorge et laisse impuissant et vidé mentalement face aux vies d’Hannah et de Joe.

Lui est veuf et ne connaît que la violence verbale et physique comme réponses à la culpabilité et l’impuissance qui le dévore ; elle est mariée à un homme violent et tente de trouver une petite lumière dans la religion et ses activités caritatives. Ils se rencontrent par hasard, quand Joseph (qui est l’unique focus du film à ses débuts), au bord du précipice, se réfugie dans sa boutique pour échapper à autant à un passage à tabac qu’à ses démons. La caméra s’attarde ensuite sur Hannah : elle est douce et bienveillante avec lui. Puis elle rentre à la maison, dans le quartier huppé de la ville et son enfer nous explose au visage.

History of violence

Tyrannosaur est très difficile à regarder, malgré sa courte durée. Considine n’occulte aucun abus, aucune répercussion aux actes subis par ses deux protagonistes. Les quelques moments de grâce et de rire se retrouvent ensevelis dans la violence et les abus répétés que subissent les personnages. D’où la question posée en introduction : est-ce bien nécessaire d’en arriver là ?

Tyrannosaur

La réponse appartient à chacun. Néanmoins, Considine évite, et c’est tout à son honneur, de sombrer dans le misérabilisme ou, à l’opposé, dans un fétichisme de la violence. Il la filme crûment, certes, mais s’attarde sur les visages de celles et ceux qui la subissent. Il traite frontalement de la dépression ou de la violence conjugale sans métaphore ou exercice de style. Il a le mérite d’aller droit au but, quitte à heurter, comme ses modèles. C’est un honnête parti-pris qui se respecte, même si on peut ne pas l’accepter.

Dans cette noirceur, le spectateur pourra cependant trouver quelques pépites. Les compositions de Peter Mullan (coïncidence, lui aussi réalisateur d’un film éprouvant et révoltant, The Magdalene Sisters), d’Olivia Colman (honteusement snobée aux BAFTAs suivant le film) et d’Eddie Marsan sont excellentes et donnent au spectateur une bouée à laquelle s’accrocher. Les rôles secondaires, amateurs pour la plupart, apportent de la vie à cet univers et le densifient. Et puis, il y a la relation entre Hannah et Joseph, maladroite mais profonde, qui se tisse entre eux au fil du film et qui lui permet de se conclure sur une note plus douce.

Clairement pas grand public, très violent sans être complaisant, Tyrannosaur est une pépite méconnue en France qui mérite plus d’exposition, même si son ton le condamne à une certaine confidentialité. La présence d’Olivia Colman, lumineuse comme à son habitude, peut inciter un nouveau public à le regarder. En connaissance de cause.


#LBDM10ANS