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LES FILLES

Kusum est une jeune fille issue d’une famille pauvre du Sri Lanka rural. Travailleuse et obéissante, elle passe ses vacances au service de sa tante Kamalawathi et de ses garçons, dans un climat d’affection mutuelle. Brillant élève, l’aîné, Nimal, l’initie aux études et Kusum entre bientôt à l’internat pour parfaire son éducation. Quelques années passent et Nimal est de retour de l’université. Lorsqu’il revoit Kusum, c’est le coup de foudre. Mais la jeune fille se promet de ne pas céder à cet amour, estimant ne pas être digne de leur différence de statut social. De son côté, Somey, la sœur cadette, aussi affranchie et séductrice que Kusum est sérieuse et vertueuse, tente de s’extraire de son milieu en participant à un concours de beauté…

Critique du film

Réalisé en 1978 mais inédit en France jusqu’à aujourd’hui, Les Filles est le premier film de Sumitra Peries, et le premier long-métrage réalisé par une femme au Sri Lanka. Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître, une splendide réussite.

Kusum – interprétée par Wasanthi Chathurani, à la présence et à la sensibilité remarquables – consacre ses vacances à aider sa tante et ses cousins. L’un d’eux, Nimal, l’épaule dans ses études. Un lien très fort se noue entre les deux adolescents. Mais Kusum, respectueuse de la tradition, se montre réticente à l’idée que cet amour secret puisse devenir officiel. En raison de la différence de statut social – sa mère est une simple vendeuse de légumes – elle préfère renoncer et résister aux avances de Nimal, malgré un attachement profond et sincère. Sa jeune sœur Somey, beaucoup moins sérieuse, s’apprête quant à elle à participer à un concours de beauté qui, pense-t-elle, pourrait lui ouvrir la voie de tous les possibles.

Certains films, malgré la simplicité de leur point de départ, deviennent de véritables miracles cinématographiques, et Les Filles en est un. Avec ce film, Sumitra Peries – surnommée la poétesse du cinéma sri-lankais – signe un chef-d’œuvre situé à la croisée des univers de Satyajit Ray et Yasujiro Ozu. Les comparaisons ne sont pas toujours souhaitables, mais elles permettent ici de mesurer le pouvoir évocateur de ce récit d’une grande sensibilité, empreint de poésie et de sensualité. Le film se savoure lentement, deux heures durant, et continue de résonner bien après la projection, tant la force du propos et la réussite plastique touchent droit au cœur. Pour un premier film, Les Filles impressionne par la maturité de son écriture, de sa mise en scène et par une direction d’acteurs d’une justesse confondante.

Les filles

Dans le cinéma de Sumitra Peries, l’esthétisme n’est jamais ostentatoire ni vide de sens. Forme et fond se rejoignent, la noblesse des sentiments répond à la beauté formelle pour donner naissance à une œuvre harmonieuse, à la fois artistique et spirituelle. De nombreuses scènes s’imposent durablement à la mémoire : la cérémonie d’offrandes aux moines bouddhistes, les moments d’intimité entre Kusum et Nimal, ou encore le concours de beauté.

La mise en scène se distingue par son élégance et sa grande cohérence. Les cadres sont étudiés, les plans d’une grande beauté. Ainsi, dans cette scène où Nimal vient chercher Kusum, elle se tient derrière la porte, lui est adossé au mur, à quelques dizaines de centimètres à peine. Pourtant, la caméra ne les réunit jamais dans un même plan. Chacun est filmé séparément, comme pour matérialiser la distance et l’impossibilité de cet amour, perdu d’avance.

Les Filles est également un film d’une grande pudeur. Les visages, graves et dignes, sont souvent partiellement masqués par la végétation, des branches, comme pour étouffer toute manifestation trop frontale de la souffrance. L’opposition entre l’élan amoureux et le poids de la tradition irrigue ce récit d’une rare élégance. Kusum se montre plus lucide que Nimal, sans pour autant être épargnée par la douleur. Le film aborde avec une grande délicatesse la condition féminine, le dévouement quasi sacrificiel imposé – ou parfois consenti – à certaines femmes pour ne pas trahir la tradition.

Cette noblesse des sentiments se traduit par une mise en scène à la fois maîtrisée et d’une grande évidence. Les Filles dégage un parfum entêtant de nostalgie, de tristesse et de renoncement.

Bande-annonce

18 février 2026 (inédit) – De Sumitra Peries