featured_Furie

FURIE

Chloé (Stéphane Caillard) et Paul Diallo (Adama Niane) ont prêté leur maison à la nounou de leur fils pendant les vacances d’été. À leur retour, ils découvrent que les serrures ont été changées, et que les résidents ont décidé de rester chez eux. La justice ne peut rien y faire : en raison d’un vice contractuel stipulant que les occupants de la maison en sont désormais les locataires, la famille Diallo ne peut pas rentrer chez elle. Pour Paul, c’est le début d’un longue lutte, qui va faire vaciller son couple, ses valeurs et son humanité.

Self-invasion

Partant d’un concept dramatique assez simple, Furie surprend d’abord pour la direction qu’il prend. En effet, le film « décloisonne » et subvertit les mécaniques habituelles d’un sous-genre spécifique, le home-invasion, en redéfinissant dramaturgiquement les enjeux de territoire et d’invasion, qui dépassent ici la simple notion de propriété. Paul devient alors l’envahisseur de la maison dont il est pourtant le propriétaire, mais est également « envahi » psychologiquement par de multiples formes de violence symbolique. En effet, obligé de loger dans un camping, il va faire la rencontre de Mickey (Paul Hamy), le propriétaire des lieux, qui va mettre en doute ses valeurs et son identité, le plongeant petit à petit dans une névrose autodestructrice.

Le film est donc aussi bien un home-invasion qu’un self-invasion, confrontant son personnage aux principales formes de violence sociales visibles dans la société française actuelle. L’irrationalisation progressive de Paul puise ainsi ses racines dans sa peur profonde du déclassement social, qu’il lie (sous l’influence de Mickey) au questionnement de sa masculinité, ainsi qu’à sa couleur de peau. Dès lors, tous les « petits riens » auquel il est confronté chaque jour (la remarque d’un élève, les conseils d’un collègue, la condescendance de l’administration, une blague douteuse de Mickey…) voient leur sens décuplé par rapport à ses propres doutes identitaires, jusqu’à lui faire perdre ses moyens. La paranoïa (?) sociale de Paul est donc le fruit d’une construction dramaturgique très précise, où les mots ne sont jamais anodins.

Le risque de la sur-écriture

Néanmoins, la précision d’écriture n’est pas systématiquement un gage de finesse. Les dialogues sont souvent sur-écrits, parfois trop explicatifs voire démonstratifs, instaurant une forme de distance à l’égard du récit. Cette sur-écriture a un impact sur la caractérisation des personnages, qui pour certains frôlent l’archétype (surtout le personnage de Mickey), rendant le film parfois extrêmement poussif. Cela dessert aussi les acteurs, qui se démènent comme ils peuvent pour apporter quelques bribes d’authenticité à leurs personnages. Du coup, on peut avoir le sentiment que le film a été écrit comme une dissertation, assez brillante dans sa démonstration sociologique, mais qui manque cruellement de naturel et de fluidité. Comme si le scénario avait d’abord été pensé en tant qu’objet littéraire avant d’être le plan de route d’un récit proprement cinématographique.

C’est dommage, car Furie connaît quelques fulgurances visuelles et iconographiques assez marquantes, notamment dans son dénouement. Capitalisant sur une montée en tension qui s’en tenait jusqu’alors au thriller psychologique, la dernière séquence de home-invasion investit intégralement le terrain de l’horreur. Les dialogues verbeux sont mis de côté au profit de grognements sauvages, et la violence sociale finit par s’incarner dans une altérité masquée presque fantastique. On pourrait penser à Massacre à la tronçonneuse, à ceci près que la folie déployée émane de « problématiques » qui résonne particulièrement par rapport à la société française actuelle.

Furie est donc un film assez fragile, qui a néanmoins le mérite de vouloir bousculer les spectateurs au travers de partis pris forts, tantôt balourds, tantôt habiles.

Bande-annonce

6 novembre 2019 – De Olivier Abbou, avec Adama NianeStéphane Caillard