5 CENTIMÈTRES PAR SECONDE
2008, Takaki, jeune informaticien bientôt trentenaire, vit une existence banale et monotone à Tokyo. Parfois lui reviennent les bribes d’un temps où il était différent : enjoué, passionné par l’espace, curieux de la vie et des autres. Il se souvient de l’année 1991 et de sa rencontre à l’école avec celle qui devient très vite son alter ego, Akari. La vie les éloigne mais, malgré la séparation et les années, malgré les occasions ratées, un lien invisible les unit…
Critique du film
Il souffle un vent arrière favorable sur les remakes live-action depuis une dizaine d’années. L’exercice, régulièrement taxé de péjoratif, est souvent attribué à la firme de l’émerveillement d’autrefois que fut Walt Disney. Si, d’un point de vue créatif, la boucle engendrée par ce système ressemble en tout point à une certaine mort de l’esprit inventif, l’appât économique d’un tel procédé suffit à convaincre les studios de miser davantage sur le fameux « neuf avec du vieux », manière éprouvée de rentabiliser les succès d’antan, des années après leur sortie.
Il n’y a, au fond, rien d’étonnant à ce que le cinéma japonais ait lui aussi adopté cette fâcheuse manie de la redite, son catalogue d’animation étant d’une profondeur quasi incommensurable. Parmi cette avalanche de propositions figurent des succès désormais entrés dans le panthéon de l’animation japonaise. Le petit événement que fut Your Name va ainsi « bénéficier » d’une transposition en prises de vues réelles. Le classique Ghost in the Shell, dont la substance a été habilement vidée par Rupert Sanders, en a déjà fait l’expérience. Et, forcément, 5 centimètres par seconde, film phénomène des années 2000, voit à son tour son adaptation live-action émerger en ce mois de février dans les salles françaises. Si un tel constat peut sembler pessimiste, le film de Yoshiyuki Okuyama vient justement démontrer qu’il n’est pas impossible de conjuguer une histoire préexistante à un style nouveau sans demeurer dans l’ombre absolue du modèle original.

Ce qui fait de cette nouvelle itération de l’œuvre de Makoto Shinkai une proposition relativement en marge de l’original, c’est — sans ironie — sa fidélité au film de 2007 autant que ses infidélités, ses ajouts, ses quelques transgressions. Si l’on s’attache à établir un parallèle entre les deux œuvres, la volonté de Yoshiyuki Okuyama paraît limpide : ne pas reproduire exactement l’existant, mais y voir l’occasion de prolonger une narration déjà appréciée. Pari risqué, mais loin d’être perdant dans le cas présent.
Si l’animation a disparu pour laisser place aux prises de vues réelles, la photographie tente malgré tout de restituer le sentiment rêveur laissé par l’œuvre originelle. La saturation parfois appuyée des couleurs et des contrastes pourrait faire douter, mais elle participe pleinement aux retrouvailles avec ces sensations enfantines, plus innocentes, propres au film de Makoto Shinkai — une légèreté que l’animation permettait grâce à la distance qu’elle instaurait entre le réel et son univers graphique. Le long-métrage de Yoshiyuki Okuyama sait qu’il ne peut reproduire totalement les atouts de son aîné, mais tente d’y pallier sans oublier qu’il ne s’agit pas d’un banal clonage, mais d’une nouvelle interprétation.
Là où l’original débutait in medias res, ce nouveau 5 centimètres par seconde choisit de prendre le temps. Ce que l’œuvre perd en onirisme, elle le retrouve dans sa romance, mais aussi dans la fabrication des souvenirs. Divisée en trois segments distincts répartis sur deux heures — soit près du double de la version de 2007 —, la narration permet un développement accru des personnages. Tous paraissent moins « programmés » pour l’intrigue et davantage reliés par des sentiments naturels, une attirance moins alchimique que profondément humaine.

Ce sont avant tout les lieux qui prennent une nouvelle dimension. Le passage au live-action semble avoir été pensé pour rendre les moments de romance plus tangibles. De la neige à la lumière, certains effets de particules traversent l’écran et ajoutent du poids à des séquences a priori trop simples en apparence. L’histoire d’amour de Takaki et d’Akari devient un voyage dont les étapes s’impriment nettement ; l’image transforme une simple boisson partagée au bord d’une station-service en un moment d’importance, un futur souvenir bientôt synonyme d’un temps que la vie ne peut rendre.
C’est sans doute en cela que 5 centimètres par seconde mérite le visionnage : la distance y prend forme aussi bien dans l’espace que dans le temps, rappelant que cet éloignement n’est en rien un obstacle à la mémoire des jours heureux. Quant à l’intérêt de revoir une histoire déjà contée, contentons-nous de dire que les deux itérations ne partagent pas les mêmes frontières : ce sont deux films qui imaginent cette distance avec une différence aussi bien émotionnelle que narrative.
Bande-annonce
25 février 2026 – De Yoshiyuki Okuyama






