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THE DUKE OF BURGUNDY

8
Troublant

Quelque part, en Europe, il n’y a pas si longtemps… Cynthia et Evelyn s’aiment. Jour après jour, le couple pratique le même rituel qui se termine par la punition d’Evelyn, mais Cynthia souhaiterait une relation plus conventionnelle. L’obsession d’Evelyn se transforme rapidement en une addiction qui mène leur relation à un point de rupture…

L’amour fait mal.

Jetez Fifty Shades of Grey à la benne à ordure. Et prévoyez le même sort pour les menottes peluche roses et martinets de poche qui vont avec. Si vous voulez voir un film non pornographique approchant les pratiques BDSM (bondage, discipline et sado-masochisme) sans nunucherie hors-sujet, c’est vers The Duke of Burgundy qu’il faut vous tourner.

Le troisième film de Peter Strickland arrive sur nos écrans deux ans après le confidentiel Berberian Sound Studio, un film ultra-référencé qui malaxait et réinterprétait les motifs principaux des gialli, les thrillers italiens seventies très codifiés. Cette fois-ci, c’est vers les longs métrages érotiques de ces mêmes années 1970 que lorgne ce nouvel exercice de style. Les partis pris visuels sont marqués, entre expérimentations formelles et tentatives (réussies) de coller au plus près à l’esthétique de ses modèles. Le travail sur le son est, quant à lui, une fois encore, remarquable. Autrement dit, le pastiche intello des films de Tinto Brass s’impose comme une expérimentation sensorielle et maîtrisée.

>> Lire aussi : notre interview de Peter Strickland

The Duke of Burgundy se déroule dans un lieu et à une époque qui ne sont pas clairement définis. Les protagonistes évoluent dans un univers hors du temps et loin des hommes : aucun homme n’apparaît à l’écran. Ironiquement, la seule présence masculine se trouve dans le titre. Et encore, ce « Duke of Burgundy » (la Lucine, en français) est un papillon, l’emploi de ce nom renvoie à la passion des deux femmes pour l’entomologie. L’histoire décrit la relation dominante/dominée entre deux femmes, Evelyn et Cynthia, et s’amuse à se jouer et à déjouer les rapports de force. Par de mini retournements de situation, Peter Strickland nourrit le trouble du spectateur et dérange la manière dont il perçoit la distribution des rôles.

Le film déborde de sensualité, mais il est pourtant relativement chaste : pas le moindre début de pointe d’aréole n’apparaît à l’écran et la caméra se tient souvent à distance, quant elle ne privilégie pas les hors-champs, lors des ébats les plus poussés. C’est l’imagination du spectateur qui fait tout le travail. Tout comme certains sont persuadés d’avoir vu, dans Psychose, le couteau du meurtrier pénétrer dans la chair de Marion Crane, ici, il est possible de sortir de la salle en ayant eu l’impression d’avoir assisté à des coïts débridés.

L’esprit de celui qui regarde se fait son propre film : à la dimension sensorielle s’ajoute un niveau cérébral. Celui qui est au centre de la relation sado-masochiste, où le plaisir est tout autant généré par les actes en eux mêmes que par l’attente, la frustration et l’humiliation contrôlée éprouvées face à ce jeu de rôles sexuel. Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore et ce sont les sentiments, et non les vexations, qui font vaciller l’équilibre du couple formé par Cynthia et Evelyn. Leurs jeux de l’amour ne laissent aucune place au hasard : tout est organisé, programmé, ritualisé. Le malaise croît à mesure que les scènes se répètent, que le petit théâtre SM redistribue inlassablement les mêmes partitions et que les répliques bien apprises deviennent psalmodie. La routine, quelle qu’elle soit, est la redoutable ennemie des couples. The Duke of Burgundy n’a alors plus qu’à ôter progressivement ses atours libidineux pour se révéler comme un mélodrame empreint de romantisme. Le dernier coup sera pour le coeur.

La fiche

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THE DUKE OF BURGUNDY
Réalisé par Peter Strickland
Avec Sidse Babett Knusden, Chiara D’Anna, Eugenia Caruso…
Grande-Bretagne – Drame, Erotique
Sortie en salle : 17 Juin 2015
Durée : 106 min




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