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STAND

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Glaçant

Un soir, à Moscou, un jeune couple, Anton et Vlad, est témoin d’une agression, mais le second empêche le premier d’intervenir. Le lendemain, les deux garçons apprennent qu’un crime homophobe a été commis la veille au même moment et au même endroit. Anton, convaincu que la victime est celle qu’il n’a pas pu secourir, décide de lancer une enquête pour retrouver les meurtriers, mais sa soif de vérité n’a d’égal que les peurs et l’amour de Vlad. La quête qu’ils vont mener les conduit vers un avenir incertain.

Affronts russes

 » Le désespoir, c’est être gay en Russie ? « , se demande, désabusé, Anton, le héros de Stand. L’ami qui lui fait face ne répond pas. Mais la question se pose. En juin 2013, la Russie a adopté une loi interdisant la « promotion des relations sexuelles non-traditionnelles devant les mineurs ». Une formulation alambiquée qui recouvre une loi anti-LGBT. Dans une société où le sentiment homophobe est fort, certains y ont vu un blanc-seing pour se livrer à des chasses aux gays en toute impunité. Des petits groupes, souvent sous-influence néo-nazie, s’attaquent aux homosexuels – ou aux individus qu’ils pensent l’être. Agressions verbales et physiques, humiliations, tortures… Ces exactions ultra-violentes sont filmées et postées sur Internet où elles sont aisément visibles… sans que leurs auteurs ne soient véritablement inquiétés.

C’est cette propagande de la haine qui a inspiré le scénario de Stand. Engagé, le film dénonce la politique répressive et ses effets pervers, mais il évite soigneusement l’écueil de l’œuvre militante naïve qui ne prêche que les convaincus. Jonathan Taïeb, réalisateur et co-scénariste, avait l’ambition de s’adresser aussi à un public à l’homophobie plus ou moins latente et refusait de se poser en donneur de leçon. Mission accomplie : Stand est travaillé par la question de la morale et nourrit constamment la réflexion.

Film policier et drame amoureux

L’idéaliste Anton se fait passer pour un journaliste afin d’enquêter et de remonter jusqu’aux auteurs du crime homophobe dont il est convaincu d’avoir été le témoin. Collectes d’informations, planques, caméras cachées… On s’immerge dans le travail d’enquête du jeune homme épaulé par Vlad, son compagnon. À la brièveté et à la douceur cotonneuse des scènes intimes s’impose, en contraste, l’efficacité nerveuse des plans séquences. L’angoisse croît, le sentiment d’oppression avec lui, et le recours à des codes du cinéma horrifique (caméra subjective…) renforce l’impression de danger imminent.

La trame de l’investigation se mêle à une seconde, plus intimiste, centrée sur le couple formé par Anton et Vlad. L’implication du premier dans sa quête quasi-obsessionnelle des meurtriers a des conséquences sur l’équilibre de leur relation. À l’angoisse de Vlad se mêle sa jalousie de voir son compagnon rencontrer d’autres garçons pour progresser dans ses recherches. Combo émotionnel intense. Film policier, drame amoureux… et réflexion philosophique aussi. La voix-off, jamais trop présente, guide le spectateur dans ce récit jusqu’au dénouement, ramenant constamment la question de la morale et du sens des actes de chaque individu. Des notions qui font tout le sens de l’ultime acte du film, d’une puissance glaçante.

On ressort de la salle légèrement vacillant, un peu sous le choc. Stand est de ces films qui marquent. Et dire qu’il a été tourné en onze jours, avec un budget minuscule, dans des conditions peu évidentes inhérentes au cinéma guérilla… Jamais le résultat ne laisse transparaître ces difficultés ou ces obstacles. Les principaux distributeurs français n’ont pas voulu du film, jugeant le potentiel de son sujet trop faible (!). Alors, Stand est sorti discrètement le 24 juin sur une dizaine d’écrans en France. Il a besoin du bouche-à-oreille pour trouver son public. Ici, on a envie de soutenir bien haut ce film mû par sa foi dans le cinéma, qui a surmonté toutes les embûches pour se tenir debout.

La fiche

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STAND
Réalisé par Jonathan Taïeb
Avec Renat Shuteev, Andrey Kurganov, Andrey Koshman …
France – Drame, Thriller
Sortie en salle : 24 Juin 2015
Durée : 87 min




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