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NYMPHOMANIAC – VOL. 1 & 2

La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Le corps et la morale

VOLUME 1 – Le premier volet du film fleuve de Lars Von Trier est sorti le jour de l’an. Comme pour nous vendre l’espoir d’un Lars Von Trier nouveau. Après deux films qui nous avaient tristement conduit à la conclusion que le grand Lars était désormais passé du côté de ces auteurs broyés par leur égo surdimensionné, ce premier segment de l’histoire de Joe fait renaître l’espoir de voir le cinéaste danois – jadis capables de nous offrir les éblouissants Dogville et Dancer in the dark – revenir à un cinéma de la chair, des tripes et de la vie. 

Ce Nymphomaniac volume 1, censuré par la production et passivement approuvé par LVT, s’intéresse à l’enfance et à la vie de jeune adulte de Joe, auto-diagnostiquée nymphomane (aka sex-addict), campée à la fois par l’expérimentée Charlotte Gainsbourg (pour la Joe post-trentaine) et la débutante Stacy Martin. La première est retrouvée dans une ruelle par Seligman (interprété par le talentueux Stellan Skarsgard) qui va la recueillir et l’écouter pendant de nombreuses heures raconter sa vie peu commune. De cet échange commencera visiblement à naitre une amitié, fondée sur les confidences et les digressions.  

Si toutes les séquences ne se valent pas – on regrettera notamment l’insupportable chapitre en noir et blanc – cette première partie nous permet alternativement de retrouver ce que l’on aimait chez Von Trier. Il nous propose un film sans concession, frontal et dérangeant, enrichi d’une multitude de références culturelles. Si la démarche semble parfois bien arrogante, le cinéaste touche aussi de nombreuses fois au but avec éloquence.

Le plus pénible ressort néanmoins avec cette désagréable impression d’assister à un pur exercice de style associé à une dissertation cinématographique très auto-satisfaite. Du côté des interprètes, Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgard sont, du fait de leurs rôles, assez justes mais plutôt sur la réserve. Dans le coeur de l’action, on appréciera davantage les seconds rôles (notamment Uma Thurman et Christian Slater) que les premiers rôles campés par la frêle Stacy Martin et l’inégal Shia Labeouf. Alors que se referme ce premier volet, le spectateur reste intrigué mais sceptique. – тном ряи.

La nympho, la nymphette et le vieux pervers

VOLUME 2 – Presque un mois après la sortie de ce premier volet nous ayant laissé sur un sentiment prometteur mais mitigé, on découvre enfin ce second volet – lui aussi censuré et monté par les producteurs. On retrouve Joe au même point où on l’avait quittée : en plein désarroi après avoir réalisé qu’elle était devenue complètement insensible sexuellement, face à un Jérôme plein de bonne volonté mais rapidement dépassé. 

La très instable et insatiable Joe s’enferme à nouveau dans les tourments de la chair, le jeu et la pulsion se transformant petit à petit en auto-destruction repoussant les limites de la jouissance. Si la première partie ouvrait des portes plutôt intéressantes, on constate rapidement que la seconde ne les exploitera pas – ou bien mal. Les illusoires espoirs naissants sont rapidement douchés et l’on assiste à une interminable diatribe aussi bavarde qu’insupportablement inutile.

Celui qui provoquait jadis la réflexion, l’effroi et l’émotion n’est malheureusement devenu qu’un fatigant provocateur dépassé par son art et son égo. On retrouve en effet dans ce Nymphomaniac – vol. 2 tous les pénibles défauts d’Antichrist et Melancholia. Sado-masochisme, triolisme interracial, expériences lesbiennes et virage criminel, rien ne sera oublié dans la longue panoplie du glauque racoleuse qui nous conduit des coups de fouet à l’urine. Pour modeler un simili-grand film, Von Trier se contente d’aligner quelques superbes tableaux agrémentés de quelques morceaux classiques (Haendel, Bach…) sans jamais fouiller la profondeur de son sujet et de ses protagonistes. Joe devient une caricature d’elle-même. Seligman continue de l’écouter patiemment – il en faut bien un, car le spectateur lui s’ennuie profondément. Jérôme reste un pauvre con égoïste et le papa réapparait dans un flashback bien dispensable.

Cette oeuvre ambitieuse se révèle progressivement comme une parodie caricaturale trahissant à chaque séquence la misanthropie rance de son auteur. Dans sa volonté de choquer, le danois a semble-t-il oublié de donner du corps à son propos et la provocation ne devient alors qu’un alibi aux déviances libidineuses et prétentieuses d’un auteur devenu désormais peu recommandable. De l’art de faire du buzz plutôt que du cinéma… triste évolution.

Si le premier volet méritait le déplacement, cette seconde partie aussi cynique que grotesque ne ressemble qu’à une immense perte de temps.

La fiche
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NYMPHOMANIAC – VOL. 1 & 2
Réalisé par Lars Von Trier
Avec Charlotte Gainsbourg, Stacy Martin, Stellan Skarsgard, Shia Labeouf, Uma Thurman
Danemark – Drame, Erotique
1er & 29 Janvier 2014
Durée : 2×125 min environ




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bruno31100тном ряиChonchonAelezig Auteurs de commentaires récents
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ChonchonAelezig
Invité
C’est la première critique que je lis sur le film. Merci !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu n’es guère emballé.
J’aime bien ce trublion de Lars, j’ai adoré plusieurs de ces films, dont l’inoubliable Dogville, qui est dans ma liste culte. Antichrist m’a laissée très perplexe. Pas vraiment choquée ; il n’y a pas de « méchanceté gratuite » et le fond psycho-onirique n’est pas inintéressant.
Mais là, comme tu le décris, ça m’a l’air bien racoleur…
bruno31100
Invité
bruno31100
pas vu, mais les bande-annonces me laissaient envisager un Kamasoutra people; avec Lars j’ai décroché depuis Dogville, voir Dancer in the Dark; Les Idiots restent mon meilleur souvenir de lui !
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