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MEN, WOMEN & CHILDREN

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Ringarde vulgarisation

Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs.

Internet, c’est m@l.

Chaque film de Jason Reitman apporte son lot de satisfactions et d’agacements. À chaque métrage, le cinéaste américain fait preuve d’un intérêt évident pour des sujets d’actualité ou des thématiques pertinentes potentiellement sulfureuses. Chaque fois, cependant, il se contente d’un traitement très consensuel, gentillet et scolaire, laissant le spectateur à son ennui et à ses frustrations. Men, women & children partait d’un postulat intéressant : se pencher sur l’évolution des rapports familiaux, amoureux et adolescents, liée à l’omniprésence des réseaux sociaux et la prolifération des modes de communication. 

Ainsi, les messages échangés par SMS, Facebook, Tumblr et autres Vine ont leur place légitimite dans la narration du métrage de Reitman. Les incorporer pleinement comme l’un des vecteurs du récit apparait comme un choix inévitable mais judicieux. Il y a dans sa démarche un désir de capter l’air du temps et leur intégration à l’image amène une once d’originalité. Malheureusement, ce sera tout : Men, women & children ne tiendra pas ses promesses en ne dépassant jamais le statut de sage mélo rongé par ses clichés et sa ringardise latente. 

Vrai problème du film, l’irréalisme des interactions de ses personnages. On ne s’attache jamais aux protagonistes de la fiction imaginée par le romancier Chad Kultgen (puis remaniée par Reitman) car ceux-ci ont, trop souvent, des mots ou des comportements criant d’artificialité. Les dialogues verbaux ou virtuels sonnent régulièrement faux (on sent la plume d’un vieux). Quel parent agit encore de la sorte en 2014 ? Pire, quel adolescent s’exprime ainsi ? On n’y croit pas et dans ces conditions, l’empathie ne peut guère émerger. Chaque arc scénaristique suinte la prévisibilité jusqu’à des rebondissements beaucoup trop mal amenés pour atteindre leur objectif dramatique (mention spéciale à la scène du couloir d’hôpital). Que dire enfin de cette bien pénible voix-off qui confirme l’impression générale d’une entreprise ringarde, idiote et moralisatrice ?  

Men, women & children n’est pas non plus aidé par ses comédiens. Si l’on ne perdra même plus de temps à commenter la prestation d’Adam Sandler – inexpressif au possible – on regrettera que des comédiens de qualité comme Rosemarie DeWitt ou Dean Norris n’aient pu bénéficier d’une écriture plus subtile. Du côté des jeunes, ce n’est franchement pas glorieux. Olivia Crocicchia propose une belle panoplie de moues volaillères tandis qu’Ansel Elgort, « la star de Nos étoiles contraires« , prouve une nouvelle fois combien il est un piètre comédien. Face à lui, Kaitlyn Dever, découverte dans States of Grace, est déjà plus à son aise, même si son acceptation passive face à sa control-freak de mère reste trop souvent incompréhensible et donc peu crédible. Son « secret » sera d’ailleurs l’occasion d’un bon moment de rigolade lorsqu’il sera découvert : la gamine, tellement oppressée, possède en réalité un compte Tumblr sur lequel elle poste des photos d’elle – avec des perruques aux couleurs audacieuses et des retouches photoshop du plus mauvais effet. Quelle conclusion tirer d’une telle situation ? « Ta jeune ado tu n’étoufferas point, si le mauvais goût chez elle tu ne veux point développer ? » Bien entendu, un mélo sur l’adolescence ne se respecterait pas s’il n’y avait ce très classique chantage au suicide qui ne manquera pas d’intervertir dans une absence totale de suspens. 

Au final, comme souvent chez Reitman, nous avons affaire à un film qui se veut intelligent et important alors qu’il n’est ni l’un ni l’autre. Enfonçant les portes ouvertes pendant presque deux heures, Men, women & children reste perpétuellement en surface, ne nous apprend rien et peine à maintenir continuellement notre intérêt, lorsque celui-ci n’est définitivement pas condamné par la psychologie sentencieuse. Cinématographiquement, ce film choral n’a rien de transcendant et ne vaut guère le détour. Pédagogiquement et sociologiquement, cette sensibilisation aux dangers d’internet et aux relations parents-ados porte un désagréable parfum d’obsolescence. 

La fiche

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MEN, WOMEN & CHILDREN
Réalisé par Jason Reitman
Avec Ansel Elgort, Jennifer Garner, Adam Sandler, Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Judy Greer, Dean Norris…
Etats-Unis – Drame
Sortie en salle : 10 Décembre 2014
Durée : 119 min 




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Amelie
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Je suis d’accord, tres decevant… Reitman est sur la pente descendante depuis « Young Adult ».