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THE WORLD TO COME

Quelque part à la frontière de la côte-est américaine au milieu du XIXe siècle. Deux couples luttent contre les difficultés et l’isolement dans un paysage splendide mais éprouvant qui les met au défi à la fois physiquement et psychologiquement.

Critique du film

Après le très beau First cow de Kelly Reichardt, présenté au dernier festival de Deauville, c’est au tour de la norvégienne Mona Fastvold de bâtir une intrigue autour des pionniers du XIXème siècle aux Etats-Unis d’Amérique. Si les deux films sont très différents, ils partagent une même atmosphère, faite de rugosité, entachant la vie de personnages peinant à survivre dans des conditions plus que pénibles. Ceci étant dit, The world to come est aussi verbeux que First cow est réservé et taiseux. La réalisatrice choisit de raconter son film par l’intermédiaire d’Abigail, jouée par Katherine Waterston. C’est par sa voix, lisant les lignes qu’elle consigne dans son cahier, qu’on découvre les événements du film.

Ce qu’elle nous décrit est une nature hostile, notamment un hiver terrible, qui met en danger sa vie et celle de sa famille. La diphtérie a déjà emporté sa fille de 4 ans, et la maladie guette son époux Dyer. Cette vie austère remplie du malheur de la perte d’un enfant, se voit illuminée par l’arrivée de Tallie et son mari Finney, nouvellement installés dans une ferme voisine. Inséparables, les deux femmes sont pourtant des opposées, l’une est réservée et silencieuse, quand l’autre est extravertie et sans peur. Les sentiments naissants entre elles sont rythmées par les visites de Tallie, faisant monter une tension redoutable. Ces amours interdits sont narrées par les boucles de mots d’Abigail dont le style semble se développer au même rythme que son histoire d’amour. Comme le dit Tallie c’est par l’écrit que son audace se révèle, loin de sa nature timide.

Se découvrir

Ce qui se joue en creux à coté de la naissance du sentiment amoureux, c’est la représentation de la femme dans un milieu aussi conservateur et puritain que celui des Etats-Unis du milieu du XIXème siècle. Les deux foyers décrit sont autant d’illustration de la prison qu’ils représentent pour les femmes. Avant de s’avouer leur amour, elles se confient sur la médiocrité de leurs époux, mais aussi sur l’absence de choix qui ont guidé leur union. Se découvrir l’une l’autre est aussi la possibilité de se libérer pour la première fois d’un carcan empêchant toute possibilité de bonheur. C’est sans doute ce que réussit le mieux Mona Fastvold : ces moments volés, confessions inespérées, sont comme des documents sur la pauvreté de la structure du mariage qui enferme les femmes.

The world to come

Dyer, joué par Casey Affleck, brille par sa lâcheté tout d’abord, incapable de jouer son rôle au moment de la maladie de sa fille. Cette scène où il reste figé derrière la porte alors qu’Abigail berce son enfant mourrante, est bouleversante. Son portrait s’étoffe avec les détails que nous livre sa femme. On découvre un homme mal dans sa peau, perdu devant l’évolution de sa relation conjugale, mais qui ne l’abandonne pas quand elle a besoin de lui dans le final du film. 

Le mari de Tallie, lui, est tout en brutalité, tant psychologique que physique. Dévôt, citant la Bible pour justifier les maltraitances qu’il fait subir à sa femme, il n’est qu’abjection, basculant même dans le crime quand il lui faut sauver son honneur. L’un comme l’autre compose des facettes d’un même visage de la masculinité qui décide de tout et fige les rôles des femmes sans jamais leur demander leur avis.

Cette narration en voix-off, omniprésente, peut constituer un frein à une adhésion complète au film. Si c’est assumé et justifié par l’aspect épistolaire de l’histoire, cela alourdit le rythme et peut paraître indigeste étant donné la répétition du dispositif. Les scènes qui s’affranchissent de la voix d’Abigail, ces fameux moments de dialogue, dont dès lors les plus réussies, libérées de ce carcan supplémentaire. Mais si l’on franchit cet obstacle et qu’on arrive à se laisser porter par le souffle de l’histoire, c’est un spectacle qui unit bien des qualités, et notamment celui de décortiquer les effets néfastes d’un patriarcat qui tue, littéralement, bien des femmes.

Cette très belle histoire d’amour lesbien en est un écrin magnifique servi par de très convaincantes actrices.

Bande-annonce

De Mona Fastvold, avec Vanessa Kirby, Katherine Waterston et Casey Affleck


Présenté au festival de La Roche sur Yon