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THE THING

Hiver 1982 au cœur de l’Antarctique. Une équipe de chercheurs composée de 12 hommes, découvre un corps enfoui sous la neige depuis plus de 100 000 ans. Décongelée, la créature retourne à la vie en prenant la forme de celui qu’elle veut ; dès lors, le soupçon s’installe entre les hommes de l’équipe. Où se cache la créature ? Qui habite-t-elle ? Un véritable combat s’engage. 

12 Hommes en polaire.

Au début des années 80, John Carpenter est fort de sa notoriété grandissante. Il vient de réaliser le grand succès critique New York 1997 et a réussi en 1978 à imposer les codes du genre du « slasher » avec Halloween, véritable carton au box-office américain qui préfigurera son surnom de « master of horror ». Grâce à cette ascension fulgurante et après avoir accepté de produire la suite de son Halloween, c’est logiquement que le studio Universal le choisit pour remplacer Tobe Hooper (transféré sur le hit horrifique de l’année Poltergeist) sur l’adaptation du roman fantastique Who goes there ? de John W. Campbell déjà porté à l’écran en 1951 par Christian Nyby et Howard Hawks dans La Chose d’un autre monde. The Thing est le film des premières fois pour John Carpenter. Premier film tourné pour une major, avec un budget conséquent de 15 millions de dollars. Premier film où il ne compose par lui-même la musique (Enio Morricone s’en chargera, à défaut de Jerry Goldsmith indisponible). Premier film où il n’est pas non plus l’auteur du scénario, signé Bill Lancaster, le fils de Burt. 

Avec The Thing, Carpenter livre une oeuvre enragée, sans concessions, qui ne vient jamais embrasser le spectateur par confort. Une véritable leçon d’harmonie cinématographique entre la forme et le fond. La forme prend naissance à la source du fond, mais c’est pourtant elle qui vient polir et façonner le propos. Le film marque instantanément par son ambiance. En quelques plans Carpenter réussit à installer la sensation d’un isolement crépusculaire et glacial. On se retrouve hors du temps, très loin du monde, le vide sur des kilomètres aux alentours. Les différents plans sur le chien (fort bien dressé), la découverte de la base norvégienne, puis du vaisseau spatial logé dans la glace nous font rapidement comprendre qu’il n’y aura pas d’issue possible. Les membres de la station sont condamnés mais ne le savent pas encore. The Thing est l’écrin cinématographique idéal aux peurs lovecraftienne, une belle déférence au genre abordé, permettant au réalisateur de s’attaquer aux thèmes qui lui sont chers : les assauts répétés sur ses personnages des pires incarnations d’un mal absolu.

Peurs primaires

La version de Nyby était un film de monstre classique qui comprenait beaucoup de personnages, doublé à une métaphore anticommuniste. Carpenter abandonne partiellement son iconoclasme politique et réduit de 37 à 12 le nombre de protagonistes, préférant se focaliser sur la construction en huis clos pour offrir une véritable étude de caractère. Il opte pour un casting entièrement masculin au travers duquel se propage la chose polymorphe tel un virus (en échos au sida détecté pour la première fois en 1981). Une affiche du film de Drew Struzan finalement non retenue avait pour accroche « Man is the warmest place to hide », annonçant cet ennemi intérieur, organique et froid. Carpenter en pleine possession de ses moyens, dans un style sobre et sec, décortique l’âme humaine, la rendant presque aussi dangereuse que la chose elle-même à travers une tension psychologique parfaite. Le spectateur peut alors projeter énormément de ses propres peurs parce que le film rassemble plusieurs peurs primaires, comme celle de l’enfermement ou celle d’être chassée. Une horreur indicible qui prend sa source dans l’inconnu. 

Avec Assaut, Carpenter rejouait Rio Bravo où le but était d’empêcher une menace uniforme de pénétrer à l’intérieur d’un commissariat. Ici, s’il est question de survivre, il va surtout falloir contenir la menace à l’intérieur afin qu’elle ne se propage pas au-delà des murs et contamine la population. Une vision nihiliste qui passe aussi par la caractérisation des personnages de Carpenter et sa vision du anti-héros. Le personnage de Kurt Russell, MacReady, mi-cowboy mi-vétéran du Vietnam, est le pilote d’hélicoptère de la base. Meneur d’homme, il va devoir brutalement gérer l’ingérable. On arrive à éprouver de l’empathie pour un personnage relativement singulier au cinéma. Un héros qui ne cherche pas l’adhésion du groupe en répandant sa bonne parole, qui veut avant tout sauver sa peau et préfère agir en son nom plutôt qu’en celui de la communauté. Les autres personnages eux aussi n’agissent pas dans le but d’obtenir une reconnaissance. Solitaires, ils n’accordent pas leur confiance aux autres et se définissent par leurs actions. Si le film suggère beaucoup, il décide par ailleurs de représenter la menace. The Thing parle de la peur protéiforme de son prochain, de celui qu’on ne connait pas. D’une forme étrangère qui veut s’intégrer à tout prix par l’assimilation.

Un féroce chef d’oeuvre arrivé trop tôt

Comme toujours chez Carpenter, les effets spéciaux servent directement la narration et, dans le cas de The Thing, le film doit en parti son identité à l’audace de leur créateur. Génie précoce des FX, Rob Bottin, âgé d’à peine 22 ans lors du tournage, s’est vu laisser carte blanche pour ses créations, perfections aussi bien techniques que visuelles. Il est désormais considéré comme l’auteur de certaines des visions les plus hallucinées du cinéma des 80s, des SFX au rendu organique et saisissant utilisés avec rythme et parcimonie. Chaque apparition de « la chose » est un évènement dramatique pour les protagonistes. 

Sur tous les niveaux le film était un véritable défi – relevé avec panache et une élégance rare. Un film comme une évocation du cinéma passé afin d’exorciser la cinéphilie de son réalisateur qui s’essaie à comprendre l’origine de l’impact de ces images sur sa rétine. Il démontre à nouveau qu’il est un réalisateur qui suit son instinct et sait se servir des codes du cinéma pour en offrir une vision limpide. Un film parfait de son ouverture à sa fin brillante qui laisse planer le doute jusqu’au dernier instant. 

Le film fut pourtant un échec commercial à sa sortie, les entrées salles remboursant difficilement les 15 millions de dollars de budget du film. Cet échec marquera profondément le réalisateur alors que l’année 1982 fut riche en films de SF et fantastiques : Star Trek 2, Blade Runner, Tron, Poltergeist et E.T., également produit par Universal sorti deux semaines plus tôt. Les spectateurs ont préféré la bienveillance du gentil extraterrestre de Spielberg à la vision horrifique de Carpenter. Les 70’s ont descendu le moral des américains à zéro, Reagan et sa politique de la gagne sont en place. Il n’apparaît pas possible pour le public de voir un film qui assume de cette façon le destin tragique de ses personnages. Universal n’a pas su quoi faire de ce féroce chef-d’oeuvre arrivé trop tôt. Le film fut méprisé à sa sortie jusque dans les rangs des fans du genre. La revue américaine Cinefantastique posait même la question de savoir s’il ne s’agissait pas du film le plus haï de tous les temps !

Il va sans dire que si le film avait connu un succès public, la carrière de Carpenter aurait pris un tout autre tournant. Un échec qui ne l’empêchera tout de même pas de réaliser les deux autres volets de sa trilogie de l’apocalypse : Le Prince des Ténèbres (1987) et L’Antre de la Folie (1995). The Thing, lui, sera réhabilité au fil du temps grâce notamment aux habitués des vidéos clubs. Depuis, les cinéastes rendent régulièrement hommage à ce monument du cinéma – récemment, Les Huit Salopards de Tarantino réemployait Kurt Russell, le huis clos enneigé, la paranoïa, l’explosion de violence finale et Ennio Morricone comme compositeur, rien que ça. 

Lorsqu’on l’on évoque le terme de « film culte », The Thing est certainement celui qui me vient le plus vite à l’esprit, ancré dans mon panthéon personnel. Un film vu bien trop jeune impressionne, au sens littéral. L’empreinte laissé par le film en moi m’emmène à le revoir régulièrement pour constater que son pouvoir de fascination demeure intact. Une oeuvre indéboulonnable.

La fiche

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THE THING
Réalisé par John Carpenter
Avec  Kurt Russell, T.K. Carter, Wilford Brimley…
Etats-Unis – Science-fiction, Épouvante-horreur
Sortie : 27 octobre 1982
Durée : 108 min
 





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