featured_the-french-dispatch

THE FRENCH DISPATCH

The French Dispatch met en scène un recueil d’histoires tirées du dernier numéro d’un magazine américain publié dans une ville française fictive du 20e siècle.

Critique du film

The French Dispatch fait partie de ces films qui, prêts depuis plus d’un an, ont choisi d’attendre la tenue d’une édition du festival de Cannes pour se dévoiler. Cette longue attente crée par la même occasion des espoirs plus conséquents, surtout dès qu’il est question d’auteurs comme Wes Anderson ou Paul Verhoeven et son Benedetta. La venue du film sur la Croisette c’est aussi le déploiement d’un barnum typiquement américain, malgré son titre et son ambiance qui veulent le rapprocher d’un théâtre plus français. Son casting est des plus pléthoriques, on y retrouve pelle-mèle Owen Wilson, Timothée Chalamet, Bill Murray, Tilda Swinton, Saoirse Ronan, Elisabeth Moss, et toute une foule d’autres grands noms répartis sur des petits rôles où ils ne font parfois qu’une courte apparition. Le moindre figurant apparaît comme un acteur de premier plan, français ou américain.

La structure narrative est typique de ce que fait le réalisateur américain  depuis vingt ans : un ensemble de tiroirs qu’il ouvre pour dévoiler des mosaïques complexes et verbeuses, tel un coffre à jouets où chaque objet prendrait vie pour la première fois. Or, et c’est là que le bât blesse, on a déjà assisté à de nombreuses reprises à ces tours de passe-passe qui, s’ils sont toujours virtuoses formellement, finissent par agacer à force de tourner toujours plus à vide à chaque nouveau projet. C’est peut-être la première fois que ce sentiment est aussi fort. Les dialogues sont beaucoup trop longs, lourds au point d’épuiser très vite dès le premier « tableau » de cette histoire où chaque morceau correspond à une rubrique d’un magazine qui porte le nom du film.

Cette recette marchait remarquablement bien dans Grand Budapest Hotel il y a huit ans, le fil conducteur, le propriétaire racontant son histoire, permettant de rester encré au récit. Dans The French Dispatch l’exercice est beaucoup moins cadré, et si le concept peut paraître brillant au premier abord, il ne fonctionne pas dans les faits, se diluant dans une multitude de détails plus déroutants les uns que les autres qui ne contribuent pas vraiment à faire avancer le scénario. À vouloir trop en faire, Wes Anderson finit par nous perdre en chemin et à se perdre également lui-même. L’ironie veut qu’il ait choisit le nom d’ « Ennui sur Blasé » pour sa ville fictive, sorte de Paris en carton pâte, comme une prophétie malheureuse.

French Dispatch

Ce casting si fourni semble aussi un empilage de noms sans intérêt véritable qui fait ressentir une entre-soi assez dérangeant qui rappelle certains des derniers films de Woody Allen, où celui-ci accueillait toujours plus de stars en oubliant au passage de se renouveler dans ses formes et dans sa mise en scène. On peine même à ressentir la mélancolie qui caractérisait des films comme La famille Tenenbaum ou même Moonrise Kingdom. L’écriture un peu paresseuse de The French Dispatch n’est là que pour mettre en valeur les effets de prestidigitateur du magicien Anderson qui jubile devant ses manipulations visuelles toujours plus nombreuses et impressionnantes. Las, le visuel et la créativité des effets ne font pas tout, surtout quand elles servent moins l’histoire que l’égo du réalisateur.

Il reste à espérer que cet échec ne soit pas le signe d’un déclin chez un auteur qui a, par le passé, été un enchantement et un vent de fraîcheur sur le cinéma des Etats-Unis. La compétition 2021 du festival de Cannes a montré une opposition entre des réalisateurs ayant fait l’impasse sur les surprises et l’audace, ne tentant presque plus rien, quand d’autres, quelque soit leur âge ou leurs horizons cinématographiques, continuent à vouloir nous surprendre, dans une jeunesse d’esprit vis à vis de leur art qui se fait rare face à une volonté de conformisme toujours plus grande. À 52 ans, Wes Anderson signe son essai le plus décevant et le plus fatigant, loin de son génie passé mis entre parenthèses pour un temps qu’on espère court et non définitif.

Bande-annonce

27 octobre 2021 – De Wes Anderson, avec Timothée ChalametSaoirse RonanCécile de France