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THE DISASTER ARTIST

Cynique

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe The Room, le plus grand nanard de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

Silence, on tourne en dérision.

The Room est un film culte, vénéré par une petite communauté de cinéphages qui connaissent ses répliques par coeur et transforment les projections en événements performatifs à grand renfort de jets de petites cuillères en plastique. Un rite obscur pour qui n’a jamais entendu parler du seul et unique long métrage signé par Tommy Wiseau il y a maintenant quinze ans. S’il est connu, c’est pour de mauvaises raisons : The Room est un nanar absolu, avec son scénario incompréhensible, ses répliques indigentes et ses jeux d’acteurs aux abonnés absents.

L’histoire folle de ce tournage hystérique est racontée par Greg Sestero dans le livre au titre français éloquent : The Disaster Artist, Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma. L’acteur avait 19 ans quand il a rencontré Tommy Wiseau, qui lui confiera l’un des rôles principaux de sa première « oeuvre ». Greg avait des rêves de gloire, Tommy, pensait qu’il n’y avait qu’à claquer des doigts pour l’atteindre.

C’est ce récit qui a été adapté à l’écran par James Franco, qui s’est adjugé au passage le rôle de Tommy Wiseau, avant de confier celui de Sestero à son frère Dave Franco. Deux frangins pour incarner un étrange duo amical dont on ne saurait définir le lien qui les unit. Car Greg a l’air aussi terre à terre que Tommy est barré et, alors que beaucoup auraient quitté le navire en sentant le naufrage arriver, il est resté jusqu’au bout dans une aventure trop dingue pour être inventée. The Disaster Artist raconte cette amitié indéfectible en même temps que ce tournage de tous les excès et se fait passer pour un hommage à l’audace de ses protagonistes, à leur revanche supposément prise lorsque The Room a été érigé en film culte.

« Se fait passer », oui. Car si l’on devrait juger une oeuvre uniquement pour ce qu’elle est, il est cependant difficile de faire abstraction de la manière dont The Disaster Artist a été promu aux Etats-Unis. Les frères Franco ont multiplié les apparitions avec Wiseau et Sestero, quitte à ce que cela ressemble parfois à une version marketing d’un « dîner de con ». Lorsque James Franco a remporté en janvier le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (un prix mérité au regard de sa performance), il a invité le vrai Tommy à le rejoindre sur scène pour mieux l’écarter du micro lorsqu’il a tenté d’en approcher et lui rappeler de rester à sa place. Une attitude irrespectueuse, condescendante, où la star a oublié l’esprit de partage envers son sujet. On est loin du biopic sur Ed Wood réalisé avec tendresse par Tim Burton sur le prétendu « pire réalisateur du monde ».

Rétrospectivement, The Disaster Artist passe pour un film calculé et calculateur. La machine hollywoodienne s’est approprié The Room, nanar iconoclaste, anomalie du cinéma américain, l’a mâché avec son cynisme broyeur et l’a digéré en une tambouille aux grumeaux moqueurs. La mégalomanie de Tommy Wiseau et ses secrets (on ignore son âge, d’où il vient et où il a trouvé les millions de dollars pour financer son film) ont quelque chose de vertigineux. Dommage que James Franco se concentre sur l’aspect « bête de foire » plutôt que de chercher à approcher la vérité de son sujet.

La fiche
Disaster artist affiche

THE DISASTER ARTIST
Réalisé par James Franco
Avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen…
Etats-Unis – Comédie dramatique

Sortie : 7 mars 2018
Durée : 104 min




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